Java, des volcans, des temples et des hommes

Nous nous envolons vers l’Indonésie, faisant escale le temps d’une soirée à Kuala Lumpur, en Malaisie. Cette escale nous permet d’y entrevoir Chinatown et les célèbres Twin Towers de KL, que nous admirons depuis un skybar assez fabuleux dans lequel de petits salons confortables sont diposés autour d’une énorme piscine, au milieu de laquelle flottent des lampions bleus, dans une ambiance musicale électro. Depuis la plupart des tables, on peut admirer les tours qui font face au bar au travers d’une énorme baie vitrée en sirotant un onéreux cocktail. Assez sympa il faut l’admettre ;-).

Quelques petites photos pour illustrer ca:

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Le lendemain avant l’aube, nous repartons, à moitié endormis, vers l’aéroport pour ne pas manquer notre avion vers Yogyakarta où nous attendent Raf et Serge. L’Indonésie est un archipel immense qui étend ses 17000 îles sur 5000 km le long de l’équateur. Ses 240 millions d’habitants, appartenant à des centaines d’ethnies et de cultures différentes et partageant, en plus de leur langue maternelle, une langue commune, vivent relativement bien leur nationalité commune (peut-être serait-il temps de prendre exemple ?). Dans ce pays, la plus grande nation musulmane du monde, l’islam a en grande partie remplacé l’hindouisme et le bouddhisme et côtoye de nombreuses autres religions et croyances. Etant donné qu’il nous faudrait des mois, voire des années pour visiter le pays dans son entièreté, nous avons choisi d’en explorer les îles de Java et de Bali.

Nous débarquons à Yogyakarta, ville frétillante de Java à l’impressionnant trafic de bus, de voitures, de calèches, de mobylettes, de vélo et de bécacs colorés (de petits pousses-pousses poussés par un vélo ou une mobylette pour les plus modernes). Les Javanais (tout comme les balinais, nous le découvriront plus tard) sont un peuple de gens souriants, bavards et aimables, passés maîtres dans l’art d’arnaquer le touriste avec le sourire. Nous découvrons à Yogya le marché aux oiseaux (et toutes sortes d’autres animaux), avec ses oiseaux de toutes sortes (utilisés dans des concours de chants), ses poussins multicolores (je suis complètement fan des turquoises), ses serpents venimeux, ses chauves souris et autres animaux bizarres. Des chiots sont vendus à des couples d’Indonésiens gaga, qui les abandonneront une fois qu’ils atteindront l’âge adulte, ajoutant ainsi un chien errant au nombre impressionnant qui sillonne les rues ici.

L’Indonésie est un pays où la nature est reine, er où l’homme ne peut que se soumettre humblement devant les forces des nombreux volcans en activité, des tremblement de terre à répétition et des tsunamis, … Chaque année, un grand nombre d’habitants doit être évacué car tel ou tel volcan a décidé de se réveiller… habitants qui reviendront obstinément se réinstaller sur les pentes volcaniques encore chaudes et fertilisées une fois l’éruption passée. C’est notamment le cas du volcan Merapi, qui est une menace permanente sur la ville de Yogyakarta où nous résidons, et qui est entré douze fois en éruption lors du siècle dernier. Sa dernière saute d’humeur date du mois d’octobre passé, date à laquelle il a recouvert de cendres une bonne partie de la région, et y a malheureusement fait de nombreux morts parmi les habitants du village voisin qui ont refusé d’évacuer malgré l’alerte donnée par l’observatoire local (un imbécile de gourou local avait prédit le contraire et les a convaincus de rester). Lors de nos déplacements dans la région, nous pouvons observer les dégâts encore visibles de l’éruption: des villages recouverts de cendres sur plus de 1,5 mètre d’épaisseur et d’énormes blocs de pierre (le déblaiement est toujours en cours), une coulée de lave qui a complètement recouvert la rivière, et à proximité du volcan, des maisons dont il ne reste rien, des arbres brûlés et complètement pliés, probablement soufflés par l’explosion du volcan. Les Indonésiens qui ne perdent pas le nord, ont transformé la zone sinistrée en attraction touristique, y installant de petites échoppes de bouffe, des toilettes, un droit d’entrée, vendant des DVD consacrés à la catastrophe … un peu sinistre non ?

Malgré les déchaînements des éléments naturels, les magnifiques temples anciens de Prambanan et de Borobudur, tout proches du Merapi, résistent au temps, depuis le dixième et le septième siècle environs. Ces grandes constructions hindouistes et bouddhistes se dressaient majestueusement dans la jungle environnante. Nous découvrons avec plaisir leurs vieilles pierres, leurs bas-reliefs et leurs statues de bouddhas (malheureusement trop souvent décapités, dont la tête a probablement fini dans un musée ou sur le buffet de collectionneurs quelconques ;-)). Ils sont régulièrement balayés de leurs cendres volcaniques par les autorités, comme c’est encore le cas aujourd’hui suite à l’éruption du mois d’octobre. Malheureusement, le temple de Prambanan a été fortement touché par le tremblement de terre de 2006, et de nombreux petits temples périphériques se sont écroulés.

De même que le Merapi, le Bromo fait savoir que la planète est mécontente… son éruption, qui dure depuis plus de 3 mois, recouvre les terres environnantes d’une épaisse boue noire, composée de cendres mélangée à la pluie, donne un aspect plus que sinistre au lieu. Nous décidons d’aller voir ce volcan, une des merveilles de l’île, depuis un point de vue situé sur la montagne voisine, située en dehors de la zone d’exclusion. Nous arrivons dans la zone la veille au soir, sous une pluie battante, roulant dans cette épaisse boue noire avec un 4X4 et passons une nuit froide dans un hôtel lugubre, à douter de ce que nous verrons le lendemain. Réveil à 3h30 pour escalader la montagne, à pied sous la pluie battante, dans l’espoir d’apercevoir le Bromo au lever du soleil… espoir décroissant à chaque pas de notre escalade… nous arrivons trempés jusqu’au os au sommet et, à l’aurore, nous pouvons y admirer… le nuage dans lequel nous sommes arrivés et où, en plus, il pleut toujours. :-)

Un coup dans l’eau, on ne va pas s’arrêter à ca, on repart en direction de la découverte… d’un autre volcan ! Pour l’atteindre, nous parcourons l’est de l’île sur de petites routes défoncées qui traversent une jungle épaisse et magnifique, un décor digne de Jurassic Park, avec des fougères arborescentes immenses, des lianes, des bananiers, des palmiers de toutes les formes, de petites cascades, des sources chaudes, etc… Nous passons la nuit dans un village constitué de petites maisons identiques et bien rangées, aux jardinets et potagers bien ordonnés, où on se croirait chez nos amis les hollandais, sauf qu’il y fait tropicalement chaud et humide, mais on y perçoit clairement l’influence de l’ex-colonisateur. Le lendemain, encore un réveil matinal pour nous escalader le volcan Ijen et voir… un nuage ? Non, aujourd’hui l’escalade se fait sous de meilleurs augures, bien que le temps soit un peu brumeux, il ne pleut pas. A Ijen, le volcan encore actif comporte une mine de soufre. Des mineurs de tous âges extraient ce soufre, qu’ils remontent sur de petits chemins étroits le long des pentes escarpées du cratère puis redescendent pour un salaire de misère. Ils portent ainsi avec sur l’épaule une planche de bois supportant 1 panier à chacune de ses extrémités et contenant des poids d’un total variant de 50 à 80 kg, et ce avec une force que leur corps frêle ne laisserait pas supposer. Raf, Phil et Serge tentent d’en soulever un, mais cet essai restera vain sans la technique adéquate. Nous empruntons avec eux le chemin des mineurs, remontant les pentes abruptes du volcan, et, coup de chance cette fois, arrivés au sommet, le nuage se dissipe et nous pouvons apercevoir le lac bleu turquoise dans le fond du cratère, qui crache sporadiquement une fumée soufrée que les mineurs respirent quotidiennement, et qui s’additionne à celle des cigarettes qu’ils fument lors de l’escalade.

Bref, une vie pas toujours facile pour les habitants de cette île où règnent les forces de la nature, mais néanmoins en plein développement et essor économique comme en atteste la vie dans les grandes villes. Nous la quittons en ferry en direction de Bali pour un peu de repos après tous ces réveils plus que matinaux ;-)

Retrouvez toutes les photos sur

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Celui qui fêtait le nouvel an en Thailande entre amis


Petit break dans notre voyage : après 4 mois et demi d’Afrique, nous retournons vers l’Europe pour y passer les fêtes de Noël. Le contraste se marque dès l’aéroport de Casablanca où nous transitons : rien à voir avec l’aéroport de Ouaga : éclairage halogène, des carrelages blancs, tout est propre et pimpant, des toilettes où je ne me pose pas 10000 questions avant de m’y asseoir ! Nous retrouvons la famille et les amis après 4 mois et demi sans se voir, quel bonheur. La neige est aussi de la partie pour nous accueillir, et nous avons le plaisir de voir une Belgique toute blanche. Les repas et les sorties se succèdent, et nous sommes gavés de bons petits plats européens, bien consistants, qui nous aident à résister au froid polaire qui règne ici (nous avons quand même réalisé un total non négligeable de 4 raclettes, 1 tartiflette et 2 cheese and wine sur 15 jours, c’est sûr, on fait le plein de fromages pour les prochains mois :-)



On profite un maximum de la famille et des amis avant notre nouveau départ, direction l’Asie, pour 7 mois cette fois. Notre première destination est la Thaïlande, où nous avons prévu de passer la période du nouvel an avec plusieurs amis venant des quatre coins de la planète : Cathoche, Gaia, Pouliche, Glenn et Serge arrivant de Belgique, Kim de Singapour, Sayu et Nico de Hong Kong et Simone et Raf d’Australie, tous présents au rendez-vous donné à Koh Samui, une île paradisiaque (et bien touristique) située au large de la Thaïlande. La Thaïlande est un pays de services, où le touriste européen peut facilement se faire plaisir. Les Thaïlandais mettent un point d’honneur à ce que tout soit parfait et roule sans anicroche, toujours avec le sourire et une profonde gentillesse. Nous en profitons un max en se la jouant « gros touristes »: cocktails à gogo (avec tournée des bars pour désigner celui offrant la meilleur Piña Colada), jus de fruits frais et bons petits restos face à la mer, massages, shopping, délicieuse nourriture de rue, après-midis tranquilles sur la plage, spa fish hilarants (ca chatouille à mourir ces petites bêtes et l’absence visible de résultat me laisse perplexe),…



Glenn a eu la mauvaise idée de naître un 31 décembre… ca va être sa fête. Arrivé le 30 en soirée, minuit sonne à peine que la fête commence dans un bar où les serveuses thaïes dansent au milieu d’un kiosque et se font une joie de se joindre à nous, lui barbouillant le visage de talc et de rouge à lèvres… elles lui offrent des fleurs, des shots et de drôles de mixtures traditionnelles destinées à améliorer ses performances. L’ambiance est festive, les serveuses sont hyper enthousiastes et taquines et on se retrouve vite à danser avec elles autour de la barre en métal. Il faut admettre que nous sommes des clients idéaux, consommant sans modération et sans les mains baladeuses classiques des trop nombreux touristes sexuels gravitant dans la zone… Le lendemain, la fête d’anniversaire de Glenn est loin d’être terminée. On lui a réservé un service de réveil spécial, avec livraison du petit déjeuner par un room service de 8 fous furieux qui déboulent dans sa chambre pour sauter sur son lit et lancer des ballons. On l’embarque en direction d’un quai, où un voilier spécialement loué pour l’occasion nous attend. Journée de détente au large des côtes de Koh Samui, bronzette tranquille sur le pont, sur de bons vieux airs de Hit Connection des années 90 (merci Sayu et Nico), plongeons acrobatiques depuis le pont, malgré mon bon gros mal de mer, c’est trop bon de se retrouver tous ensemble. Retour vers la rive et une belle tempête tropicale pour clôturer la journée ! Impressionnant. Journée qui est en réalité loin d’être terminée vu qu’il nous reste à fêter le nouvel an. Diner chic (ou sensé l’être) dans un hôtel, on parvient à s’approprier quelques homards face à de gros russes qui jouent des coudes. La soirée continue sur la plage, à boire des cocktails (Gooooold strike) et à lancer des lanternes à souhait (des espèces de petits ballons de papier de riz dans lesquels on allume une mèche et qui s’envolent tels des montgolfières). La fête continue de plus belle dans un bar dansant en bord de plage, les fêtards dansent partout, sur la piste, la plage et dans l’eau. A minuit, un spectacle inouï s’offre à nous : des centaines de feu d’artifice explosent au dessus de la mer, dans un horizon pailleté par des lanternes à souhait. La côte est couverte des bars et de restos, dont chacun envoie son propre feu d’artifice, sans mesure de sécurité aucune, mais le spectacle est tellement à couper le souffle qu’aucun d’entre nous ne s’en inquiétera. On continue la soirée par un petit cantus au Mc Do, puis allons souhaiter la bonne année à nos copines les danseuses rencontrées la veille. On termine la soirée en nous mesurant à la maquerelle au Puissance 4. Une idée appréciée par les filles car quand le boss joue, elles ne sont pas forcées de danser. Bref, une soirée mémorable ce nouvel an 2011 !



Après ce petit séjour à la plage, nous partons avec les amis belges faire un petit tour en Thaïlande. Nous rejoignons la côte en ferry, en direction du parc naturel de Khao Sak, où nous avons réservé une cabane dans les arbres au milieu d’une forêt tropicale hyper humide et envahie de moustiques (c’est Pouliche, leur grande amie, qui est contente). Nous partons faire une ballade en bateau sur un lac entouré de montagnes karstiques escarpées aux parois couvertes de forêts luxuriantes. Notre route se poursuit ensuite vers Khao Lak, une des stations balnéaires dévastées par le tsunami en 2004, dont les seuls vestiges sont les flèches indiquant la direction et la distance du point culminant le plus proche en cas de nouveau tremblement de terre et des photos exposées dans les devantures des magasins. Drôle de sentiment que de se retrouver sur les lieux de la catastrophe, 6 ans plus tard, d’imaginer ce que les gens ont vécu ce jour là, et de se dire que les habitants travaillant ici aujourd’hui y ont très probablement perdu un ou plusieurs membres de leur famille. Mais le but de notre présence est loin d’être du tourisme macabre : Khao lak est notre point de chute pour une journée de snorkeling sur les côtes des îles Similan ou Surin, dont le choix se portera finalement sur Surin suite aux disponibilités. Journée de détente à bord d’un hors-bord, grande vitesse cette fois. Notre petite bande en squatte toute la partie avant, aménagée en petit salon de plein air, avec l’impression d’être seuls à bords, admirant les magnifiques côtes des îles que nous croisons et leurs eaux turquoises, et snorkelant au milieu des poissons tropicaux, des tortues et d’invisibles requins ;-) Déception tout de même car des coraux, il ne reste que le récif blanchi, leur mortalité étant survenue suite à un changement de température d’après ce qu’on nous dit ici. Invasion d’acanthaster, dont on voit quelques individus ? S’ensuivent nos dernières journées de farniente sur la plage tous ensemble, avant d’embarquer en direction de Chiang Mai où visites de la ville et de ses temples dorés et balades dans la jungle à dos d’éléphant sont au programme. Au travers de la ville, on croise de petits marchés, où sont vendus des fruits et légumes colorés et odorants (pas de durian ici néanmoins), des épices de toutes sortes, des poissons s’agitant dans leur bains avant de se faire découper, des nouilles de toutes les formes et de toutes les couleurs (il y en a même des vertes et des roses) et bien d’autres produits qui nous donnent l’envie de nous essayer à cette cuisine délicieuse, ce que nous ajoutons au programme. Etant à Chiang Mai le dimanche soir, nous pouvons profiter de son célèbre marché du soir, où déambulent nonchalamment les locaux et les touristes au milieu d’échoppes colorées où sont vendus divers produits et objets de l’artisanat local. La succession d’échoppes se prolonge même dans la cour des temples bordant la rue principale, se spécialisant parfois dans une nourriture délicieuse, variée, pas chère, et parfois aussi un peu bizarroïde. Qui va tenter les grillons grillés ou le thé vert fluo où macèrent des sortes de nouilles ? Si c’est liquide, ce sera Serge bien sûr ;-)



Le lendemain, les petits belges nous quittent le temps d’une soirée en direction de Bangkok, nous laissant Phil et moi en amoureux profiter d’un divin de moment de relaxation dans un spa magnifique de Chiang Mai. On les rejoint le lendemain dans le centre de Bangkok pour le lunch, une orgie de sushis et fruit de mer à plonger dans une fondue bouillante, dont les ingrédients défilent sur tapis roulant devant nos mines gourmandes. Nous devons ensuite nous résoudre à les quitter, pour longtemps cette fois :-(, pour prendre notre avion s’envolant vers de nouvelles aventures indonésiennes avec Raf et Serge qui nous attendent là-bas.



Et les photos:


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Burkina Faso

Bon, je suis probablement restée trop longtemps en Afrique car je vais remettre à plus tard la rédaction de ce post ;-)

Par contre, voici qq photos pour vous faire patienter
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Du côté de Ju: Adeta, mon beau village

Du 31 octobre au 27 novembre

L’Européen a une montre, tandis que l’Africain, lui, il a le temps.

Me voilà donc repartie vers le Togo, laissant Phil à Ouagadougou bien occupé par ses contrats de photographe pour l’ONU. Un interminable trajet en bus, étouffant et retardé par un accident bloquant la route (comme il se doit ici :-), m’emmène jusqu’à Lomé. Je retraverse des paysages connus en sens inverse, la savane désertique devient de plus en plus arborée au fil des kilomètres parcourus, jusqu’à ce que le vert de la végétation tropicale explose avant d’atteindre l’océan et sa douce fraicheur à Lomé.

Le temps de remplir quelques petites formalités administratives, et nous voilà, moi et Patrick, un autre volontaire, filant dans un taxi brousse en direction d’Adeta, le village où notre association travaille actuellement. Adeta est un petit village de 12000 habitants, entouré de collines verdoyantes et de plantations d’ignames, de haricots, de café, etc… C’est un village africain des plus classiques, écrasé sous le soleil brulant. Il s’organise autour de sa route principale, bordée de cahutes aux toits de paille ou de tôle procurant de l’ombre aux petits vendeurs d’eau ou de jus de bissap en sachets, de bananes, de beignets, ou du traditionnel et invariable étal de tomates, oignons et piments, ou encore aux tatas proposant dans leurs casseroles du riz sauce ou de la pâte (le plat local constitué d’igname pilé ou de maïs moulu et qu’on mange avec une sauce). Au loin, on entend la musique résonner, tout le temps, partout. Une multitude de pistes de latérite et de petits sentiers tranquilles partent de la route en direction des fermes et des champs entourant le village. Comme tout bon village, Adeta a ses écoles (3 !), son dispensaire, ses latrines en périphérie, ses 50 coiffeuses tresseuses (ayant chacune leurs apprenties) et ses innombrables garagistes, conducteurs de taxi moto, couturières et tailleurs. Les femmes aux pagnes colorés y déambulent tranquillement, droites comme des i, leurs bébés en écharpe et un incroyable empilement de bric-à-brac dans la marmite en équilibre (toujours stable) sur leur tête. Au passage des volontaires blancs, les petites voix des enfants rabâchent encore et toujours leur éternel refrain « Yovo Yovo bonsoir, ça va bien, merci », dans des explosions de rires cristallins. Et des enfants ici, il y en a des centaines, des milliers, ils courent partout et égaient la vie. Les moutons, chèvres, poules, poussins punks (peints en bleu fluo pour échapper à l’œil vif des rapaces) courent partout. Le lundi, c’est l’effervescence du marché, et chacun vient boire sa calebasse de tchoukoutou (la bière de mil locale) en riant avec son voisin. Bref, le village africain classique. Tout n’est pas rose, bien entendu, ca reste l’Afrique. La pauvreté est omniprésente. Les enfants vendent leurs bricoles au lieu d’être à l’école. Des filles-mères promènent leur enfant en écharpe. Les gens malades, ruisselant de sueur paludique ou à la toux rauque, sont bien trop nombreux. Des décharges à ciel ouvert jonchent les bords de routes et les abords de maisons. Les sacs plastiques noirs ornent les branches des arbres tels des décorations de noël. Mais malgré la pauvreté, la maladie, la crasse et la puanteur, même s’ils souffrent comme ils le disent parfois, rien n’affecte le moral de fer des Africains et ne leur enlève leur sourire aux dents blanches.

Je suis venue ici dans le cadre de l’établissement d’un programme de sensibilisation VIH-SIDA-IST à Adeta. Le taux de prévalence HIV s’élève ici de 3.9 à 20% (!!!) selon les sources (statistiques officielles du gouvernement, médecin en chef du centre médico-social, sage femme spécialisée dans HIV, et responsable croix rouge). Tout le monde s’accordant sur le fait que le premier chiffre est d’office une large sous-estimation. Soit un partenaire sexuel sur 20 ou sur 5, c’est de toute manière trop. Dans l’assoc, nous sommes un total de 5 volontaires européens, avec Servane, Patrick, Nunzio et Coralie. Il y a aussi les membres togolais de l'assoc : Jacqueline, la secrétaire et trésorière, enceinte de 8 mois ; Ouga, un jeune togolais de 21 ans, motivé et impliqué dans l’assoc ; Olivier, un ancien responsable de l’assoc qui ne manque jamais de venir examiner le contenu de nos casseroles ; et Benjamin, le responsable des projets sensibilisation HIV et microcrédit, qui fait office de sage et est très respecté ici. Le programme sur lequel je travaille est de mettre en place un programme HIV dans le village et alentours, programme qui devra rester en place après notre départ, les autres volontaires restant au minimum 2 mois, et au maximum 6. Il y a de quoi voir venir et assurer la continuité. Afin de mieux comprendre les habitudes locales susceptibles d’avoir des conséquences sur la transmission du virus (pratiques sexuelles, scarifications, excision), nous commençons par passer des heures dans la cour, à l'ombre, à discuter avec les locaux, surtout des jeunes de 15 à 25 ans. C'est très tranquille et une relation humaine enrichissante s'établit à force de se voir quotidiennement… Nous avons ainsi pu créer un jeu de cartes avec de bonnes et de mauvaises pratiques pour sensibiliser aux pratiques dangereuses au niveau de la transmission du VIH... c'est marrant, ce genre de travail ressemble un peu à ce que je faisais à l'institut des sciences naturelles, je me sens à l'aise et expérimentée. Nous avons ensuite commencé la tournée des apprentis coiffeuses; couturières, menuisiers, garagistes etc… un moyen de toucher les jeunes ailleurs qu'à l'école. Nos causeries, telles qu’on les appelle ici, attirent des villageois curieux qui viennent se greffer à l’assemblée. Nous sommes ébahis par le nombre d’idées reçues complètement fausses véhiculées ici, et de la méconnaissance qu’on les jeunes filles de leur propre corps. Nous répondons le plus souvent à des questions d’éducation sexuelle de base (par exemple sur les changements subis par le corps à l’adolescence, ou la contraception), satisfaits de l’intérêt suscité et que les jeunes osent nous les poser. Nous créons une permanence hebdomadaire pour permettre aux plus timides de poser ces questions en toute discrétion.

Dans ce village, les journées s’écoulent tranquillement, en l’absence de tout stress, un fléau typiquement occidental (des fléaux, ils en ont déjà bien assez ici !). Une tranquillité et une douceur de vivre difficile à décrire et à se représenter depuis l'Europe je pense. Loin de nous le rythme effréné de l’Europe, l’enchainement furieux du métro-boulot-dodo-famille-potes-fiesta qu’on vit chez nous. Ici, on prend le temps, le temps de causer de tout et de rien, avec des inconnus, de palabrer des heures durant sous l’arbre au milieu de la cour ou sur un banc le long des maisons…. Au début de mon séjour en Afrique, j’aurai qualifié ce rythme comme étant une « attente que cela passe » mais aujourd’hui, après 3 mois sur ce continent, je me rends compte du caractère oh combien humain de ce rythme et du temps pris à discuter et échanger. Je me rends compte ici qu’on ne peut aimer l’Afrique en la sillonnant de droite à gauche. Pour la comprendre et l’aimer, rien de tel que de rester à un seul et unique endroit, de commencer à faire partie du paysage local, et de lui consacrer du temps. Comme Coline me l’expliquait, l’amour de l’Afrique s’exprime au travers de toute une série de petits moments sans importance réelle, des souvenirs attachants et qui deviennent inoubliables. C’est Jacqueline, la douceur incarnée, qui m’accompagne au marché pour choisir un pagne. C’est écouter Benjamin faire le programme le lundi matin, avec sa douce façon de parler toute africaine, dans un style très officiel et en détachant bien ses mots, empreints de sagesse. C’est rire face au show d’Olivier, qui ne manque jamais de nous rappeler les citations des grands de ce monde et d’en faire une imitation théâtrale. C’est voir briller les yeux de Ouga aussi fort que ses dents lorsqu’on prononce le mot pâte en parlant du prochain repas. C’est le petit François, 10 ans, qui passe nous voir de temps en temps et m’esquisse soudain un portrait en 2 temps 3 mouvements. C’est son sourire timide lorsqu’on lui offre un papier et un crayon pour qu’il puisse développer son don. C’est les bons repas partagés tous ensemble autour de la table, merci à nos cuistots attitrés, Jacqueline et Ouga. C’est mes longues conversations avec Chantal, 20 ans, une petite de 3, bientôt partie au Ghana pour travailler. C’est pouvoir percer avec elle les barrières des tabous. C’est la voir danser comme une déesse au son des djembés et rire aux éclats. C’est l’angoisse partagée avec Servane, lorsqu’au milieu de la nuit, on entend une clé tourner dans la serrure de notre porte et que, prêtes à nous battre pour nous défendre, on se rend compte que ce n’est que Georgi, la folle du village, ouf. C’est être tous ensemble autour du mortier, quand chacun s’essaie à piler l’igname et rire de la maladresse des européens dans ce domaine face à cette pâte collant au pilon. C’est la petite Martine, 4 ans et pleine d’énergie, qui vient jouer avec moi et semble fascinée par mes cheveux (blonds et lisses, vous imaginez ?) ou mes colliers. C’est aussi quand elle toque à ma porte à 6h00 le matin de mon départ (hum) pour m’apporter un sac d’oranges (adorable). C’est les volontaires qui harcèlent Ouga pour être sûr qu’il a bien été au collège et qu’il a fini ses devoirs.

J’ai beaucoup aimé ma vie ici, cette expérience enrichissante et profondément humaine, malheureusement trop courte à mon goût. Voici maintenant le temps de quitter Adeta, ces 3 semaines ont filé à une vitesse incroyable. Je pars un peu comme une voleuse, sans m’attarder sur les adieux, mais après une fiesta d’au revoir mémorable au son des djembés et bien arrosée de sodabi (l’alcool de palme local, qui fait un bon 70°C au moins… un désinfectant quoi, pwaaa ! mais on s’y fait). Je reprends la route, en compagnie de Servane en direction de Lomé (et d’un bon steack haché frites ketchup mmmmmmh), puis pars vers Ouaga où Phil m’attend pour de nouvelles aventures au Burkina !

et pour agrémenter le récit, voici quelques photos... mais soyez indulgents, cette fois, je n'avais pas mon photographe professionnel attitré avec moi!

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Burkina: chacun sa route, chacun son chemin...

Nous voici actuellement au Burkina Faso, où Phil a trouvé un contrat de photographe volontaire pour les nations unies. Si si, l'ONU, rien que ca, une opportunité unique pour sa carrière. Il va couvrir les évennements et les missions des différentes organisation de l'ONU oeuvrant ici UNICEF, PNUD, ...), et va parcourir le pays à leur côtés.

Rien pour moi, séjour trop court pour un bénévolat aux nations unies ou en ONG, il aurait idéalement fallu un minimum de 3 mois. Par contre je peux choisir de les accompagner dans leurs missions... Mais j'ai aussi trouvé une place sur un chantier international au Togo: une sensibilisation HIV SIDA IST dans un tout petit village du sud ouest, Adeta.

Partir, une décision difficile à prendre, car elle impliquait 3 semaines l'un sans l'autre dans un voyage que nous voulions à 2. Mais quelques complications bien bureaucratiques et administratives à l'ONU, agrémentées d'ennuyeux coktails et conférences à accompagner Phil à ses contrats auront vite raison de moi, malgré la piscine et les délicieux restos où nous passons nos après-midi et soirées. Une chose est sûre, je ne suis pas venue en Afrique pour cela! J'espère que chantier me permetra de cottoyer l'Afrique rurale et la vie de village, que nous n'avons pas vraiment pu approcher pendant notre séjour ici... le but du travail en ONG, en plus de découvrir le monde du développement, était aussi de vivre le voyage autrement et de nous poser quelque part plutot que de tout survoler en vitesse... et peut etre de devenir des visages connus dans une petite communauté et approcher la population autrement...

Ma décision est prise: Let's go to Togo! Phil et moi nous retrouverons au Burkina fin novembre pour un peu de tourisme avant de vous retrouver à Bxl àpdu 11 décembre. C'est l'estomac un peu noué que je monte dans mon bus me conduisant vers Lomé, mais je retouve mon assurance au fur et à mesure que les paysages redéfilent en sens inverse: je suis en terrain connu, les Togolais sont bienveillants et attentionnés. A une pause du bus, je vais vers les toilettes avec 2 femmes burkinabées. Comme toutes africaines jamais gênées et plutot directes, elles sont ébahies lorsqu'elles me voient ressortir de la cabine apres un temps que je qualifierai de "normal" et me posent toutes sortes de questions. Dans un premier temps je ne comprend pas leur stupéfaction, il me faut quelques secondes pour réaliser qu'elles sont probablement excisées et infibulées, ce qui implique une durée considérablement plus longue pour uriner par le trou laissé par la couture. Quelle horreur, et dire que la majeure partie des femmes ici sont ainsi mutilées pendant leur enfance! J'en frémis encore! A ce propos, nous avons rencontré à Ouaga Jean-Luc, un belge qui oeuvre à combatre cette pratique ici en Afrique de l'ouest. Il réalise avec l'ONG Respect toutes sortes de films destinés à sensibiliser la population et faire comprendre que ce n'est en rien une pratique attribuable à la religion, et les conséquences de cette pratique. Ils ont même réussi à obtenir le témoignege d'un imam respécté selon lequel cette pratique n'a rien à voir avec les écrits du coran, qui a fait un tolé lors de sa diffusion radio télévisée au Mali. La lutte contre ce fléau est malheureusement loin d'etre finie, la tradition tient ici une place d'une extrème importance, parfois difficile à comprendre pour nous autres européens.

Détours nigériens

11 au 17 octobre 2010

Nous remontons ensuite vers le nord, en direction du Niger. Changement progressif de mentalité : après l’intérêt débordant (et décevant aussi) de la grande majorité des béninois pour notre argent, une fois au Niger, nous redevenons des êtres vivants dignes d’intérêt (il faut bien avouer qu’à la longue, ca nous a bien lourdé de n’être que des portefeuilles sur pattes au Bénin : le summum ayant été atteint quand on a pris le bus en direction de Niamey, et qu’un gars voyageant seul m’a demandé 5000 Fr CFA pour changer de place de manière à ce que Phil et moi puissions être ensemble… je l’envoie bien entendu au diable, mais lui renvoie ironiquement la monnaie lorsqu’il sort s’aérer un peu puis revient récupérer sa place près de la fenêtre, où je m’étais temporairement installée… 5000 fr mon frère… finalement, j’ai arrêté la provoc quand il a commencé à vraiment trop s’énerver et que j’ai cru qu’il allait devenir violent). Changement de décor aussi, vers des paysages naturels de plus en plus secs : la forêt verte et dense évolue progressivement en une savane arborée puis en savane plus herbacée. Changement d’architecture également : moins de petites cases coniques au toit de chaume, ici remplacées par des maisons cubiques à toit plat, construites en terre brune. Apparait enfin le fleuve Niger, qui serpente au loin, des falaises de terre rouge en arrière plan : nous y voici, au Niger, un pays qui s’étend aux portes du désert, ce que nous laisse ressentir une chaleur écrasante. Ici, on dépasse largement les 37°C de jour, et les 30 de nuit. Même le Nutella, que nous avons précieusement transporté dans toute l’Afrique, a du mal à supporter et se sépare en 2 phases (beurk.. quoique, c’est l’occasion de se presser de le finir !). Finalement, la douche froide devient un plaisir, même pour la frileuse que je suis.

Coup de cœur pour ce pays envoûtant tellement grand, dont nous ne pourrons malheureusement visiter qu’une très petite partie pour des raisons de sécurité. L’Aqmi (Al Qaida au Maghreb islamique) est ici, comme dans d’autres régions du sahel, hors de contrôle et est responsable de l’enlèvement de plusieurs otages occidentaux. Facile dans un des pays les plus pauvres de la planète et, qui plus est, a perdu ses touristes et l’activité économique qui en résultait suite au soulèvement des touaregs il y a quelques années… Les touaregs et les villageois sans ressource, pourtant bien loin de partager l’idéologie islamiste, n’en sont que plus enclins à vendre leur complicité et le cercle (vicieux) est bouclé ; encore moins de touristes, des membres internationaux d’ONG évacués, plus de gens dans des situations économiques précaires, et donc plus de complices potentiels.

Tourisme hautement déconseillé donc dans une grande partie du territoire. Après maintes hésitations, nous décidons quand même de visiter la région de Niamey, seule région complètement sûre du pays, située non loin des frontières béninoises et burkinabées. Nous passons quelques jours dans cette région, extrêmement paisible dont toute l’activité est regroupée le long du fleuve… Extrêmement pauvre aussi, ce pays étant classé dans les derniers au classement mondial des indices de développement humain et dont plus de 85% des habitants vivent avec moins de 2 $ par jour. Lors d’un trajet en taxi, nous assistons à une distribution de riz à la population, qui nous rappelle l’extrême pauvreté de ce pays et son incapacité à se sustenter sans l’aide des ONG, même en cette fin de saison des pluies… Il faut dire que le Niger n’a pas décroché le gros lot au niveau conditions naturelles : extrême chaleur et extrême sécheresse, désertification, inondations, attaques des récoltes par des criquets… jamais le regard implorant des enfants ne m’aura autant fendu le cœur comme ici, lorsqu’ils tendent leur assiette vide vers le voyageur à chaque descente de bus lors d’un long trajet. Dures réalités que celles-ci, mais qui n’enlèvent par leur sourire aux dents blanches aux gens, qui te répondent toujours positivement ou ‘on n’a pas à se plaindre’ lorsque tu leur poses la question de savoir si ‘ca va aujourd’hui’.

Lors d’une journée ensoleillée (est-il nécessaire de le mentionner ici ?), nous descendons en pirogue et où nous aurons la joie de voir apparaître, en dehors de toute réserve naturelle, des hippopotames en liberté. Quel bonheur de voir émerger à la surface de l’eau les paires d’oreilles, d’yeux et de grosses narines d’une famille d’hippopotames en ballade. Cet animal est protégé et sa chasse proscrite dans les communautés. La pirogue nous débarque à Boubon, un petit village où a lieu chaque semaine un gigantesque marché. A cette occasion, une foule en provenance de toute la région, toutes ethnies confondues, touaregs, peuls, mossis, affluent à pieds, en bus, en pirogue ou à dos de dromadaire… magique. Dans ce pays à large majorité musulmane, les voiles des femmes qui volent rendent à nouveau le lieu des plus colorés. D’un côté du marché se négocient les épices et les grains, de l’autre les bestiaux. Comme dans le reste de l’Afrique de l’ouest, les étales de légumes présentent extrêmement peu de diversité : à côté de l’igname et du manioc, on n’y trouve que la traditionnelle combinaison de tomates, oignons et piments. Phil et moi nous faisons sans cesse la réflexion de oh combien les aliments sont peu variés ici et la nourriture peu équilibrée. On ne comprend pas trop cette absence de diversité étant donné la richesse de la terre (à certains endroits tout du moins). Hormis les traditionnels oignons et tomates, nous n’avons rencontré au cours de notre voyage que de rares avocats, carottes, courgettes, aubergines sur les étals des marchés, mais en de trop rares occasions dans les plats de la cuisine locale, principalement composée de sauce tomate ou d’arachide servie avec un bout de viande (ou de gras viande plus précisément ;-)) et de riz, de semoule ou d’une pâte diverse. Sans compter bien sûr les nombreux beignets, de blé, d’igname ou de haricots, dégoulinants d’huile et qui tentent inlassablement de transformer ma taille en celle d’une mama africaine ! Bref, un manque de diversité, qui se ressent ici dans bien d’autres domaines que la cuisine, tels que les emplois, etc… On en vient à penser que probablement suite à un manque d’éducation, l’africain finit aussi par manquer d’esprit d’initiative, ce qui résulterait notamment en ces commerces complètement identiques que l’on retrouve partout…

On a aussi la chance d’aller faire un petit tour à Kouré, dans une réserve naturelle où déambulent gracieusement les dernières girafes d’Afrique de l’ouest. Suite à la destruction de leur habitat naturel, leur chasse par les habitants et agriculteurs (dont elles sont loin d’être les meilleures amies), les accidents de la route, etc, leur population a été réduite au nombre critique de 50 individus en 1996. Une réserve leur a été créée à Kouré, et les apports financiers apportés par les visiteurs aident les agriculteurs locaux à supporter la présence et les dégâts occasionnés à leurs champs par ces herbivores à long cou. 260 individus évoluent aujourd’hui dans le parc, broutant les acacias, et se laissent approcher à une dizaine de mètres… magique... mais impossible par contre d’approcher de plus prêt, malgré mes nombreuses tentatives, même en tentant leur gourmandise !

Nous partons aussi nous balader le long du fleuve, dans un petit village voisin de Niamey. Des systèmes d’irrigation approvisionnent des rizières d’un vert éclatant, à perte de vue. On se balade tranquillement sur les chemins de terre, très vite rejoints par une ribambelle d’enfants et d’adolescents curieux et joyeux. Comme souvent, nous sommes l’attraction du jour. Ils nous accompagnent tout l’après-midi et nous font découvrir la flore et la faune locales, nous faisant goûter les fruits de différents arbres. Après une bonne petite marche sous le soleil brûlant, ils se jettent à l’eau complètement habillés dans de grands éclats de rire. On finit la ballade plus calmement en admirant le coucher du soleil sur le fleuve.

On passe aussi une soirée dans une boîte mi-expat mi-locaux aisés avec Kossi et Eric, les propriétaires togolais de notre auberge. On s’essaie maladroitement au Coupé Décalé, mais pour ma part, trop de muscles m’ont été oubliés à la naissance en comparaison avec les africaines ! Waw quel rythme et quelle grâce, je reste admirative à chaque fois que je les vois bouger leur corps sur la musique. Le rythme des africains n’est pas qu’une légende, soit ils l’ont dans le sang, soit ils l’acquièrent dès le plus jeune âge sur le dos de leur maman (vu qu’à peine en âge de marcher, ils l’ont déjà). A l’issue d’une nuit sympa, on repasse par l’auberge récupérer nos sacs et on monte dans notre bus en direction du Burkina Faso. C'est parti pour 10 heures de routes et un peu d'angoisse: il y a des coupeurs de routes, bandes armées qui arrêtent les bus et pillent tout ce qu'ont les voyageurs, même de jour... suite à notre problème avec nos cartes visa bloquées, on transporte des sommes non négligeables (on a tiré le maximum possible avant d'être bloqués) donc j'angoisse à mort... A un arrêt s'éternisant un peu, un gars baragouinant le français m'explique que l'escorte militaire qu'on attend n'arrivant pas, on va repartir sans et rouler en convoi de cars, pas hyper rassurant, mais finalement pas de problème, ouf...



Quelques photos sur:
http://www.facebook.com/album.php?aid=221838&id=591557223&l=112291532f

Au Bénin, qui ne tente rien...

12 Septembre 2010 au 10 octobre 2010


Une fois la frontière du Togo franchie, nous arrivons en vue du poste frontière du Bénin… soudain, un doute me prend sur la date de notre visa pour le Bénin : vérification faite, effectivement, petite erreur de date, nous ne pouvons officiellement entrer au Bénin que demain. Mais nos passeports sont tamponnés, on est sorti du Togo, la frontière derrière nous ne délivre pas de visa, pas de retour en arrière possible. Oups, bien joué les loulous. Bon, un bic noir, un air sûr de nous et en avant. Phil a en plus la maladresse d’oublier un billet dans son passeport, ce qui éveille les soupçons du douanier, qui (même si il ne voit rien au petit changement effectué) croit qu’on veut le corrompre et se fâche un peu… un beau sourire et ça passe, le douanier n’y voit finalement que du feu et nous laisse passer… tututuduuu, « Bonne arrivée ! » comme on dit ici.
Un taxi brousse neuf places (qui en devient un 14), 357.000 km au compteur (à l’arrêt et probablement arrêté depuis 150.000 autres km vu l’état de la voiture, une espèce de carcasse à moteur) nous conduit vers Djougou par une piste défoncée… les pluies ont été particulièrement rudes cette année, et ont emporté toute la latérite ne laissant sur la « route » que la roche brute en escalier par endroits.
Le taxi brousse nous dépose dans le centre ville face à un marché incroyablement coloré… Dans cette ville à large majorité musulmane, les voiles des femmes volent dans leur sillage dans un superbe festival de couleurs, entre le rouge et le vert des étals de légumes, c’est splendide. Nous logeons au centre de formation des tisserandes de Djougou et proposons à la directrice de réaliser un reportage sur celui-ci, avec un texte et des photos qui lui permettront de créer son site internet. Elle est immédiatement emballée et nous propose d’élargir le sujet à d’autres artisans partenaires, un forgeron, un maroquinier, un cordonnier et une graveuse sur calebasse. L’ouverture d’un centre des artisans est prévue à Djougou 3 mois plus tard et les photos viendront à point. Nous restons donc à Djougou pendant une semaine, et visitons les artisans les uns après les autres, qui réservent un accueil très chaleureux aux Batourés que nous sommes ici… le Bénin commence bien, Phil est aux anges : on le prie de s’adonner à sa passion de la photo au lieu de l’en réprimander ! Nous sommes impressionnés par la souplesse religieuse qui règne dans cette région : ici, le musulman vit sa religion comme il l’entend, rien ne lui est imposé par le jugement d’autrui : il prie 5 fois par jour si il le veut, ou pas, les femmes portent le voile si elles (ou leur mari) le décident, etc .... Lors d’une séance photo, les apprenties ont l’idée de défiler vêtues des tissus qu’elles ont tissés… ces musulmanes voilées se mettent alors à se déshabiller, vêtements et soutiens-gorges volent en tous sens, nous laissant bouche-bée, et les voilà prêtes. Nous visitons aussi Taneka Coco, un petit village traditionnel, aux petites huttes coniques en terre et au toit de paille, dont les habitants appliquent encore les anciennes coutumes et s’en remettent à un chef féticheur, qui résout les problèmes de conflits ou d’infertilité par des sacrifices de poulets. A nouveau, l’appareil photo qui habituellement est un frein aux relations humaines en Afrique, en devient un moteur une fois que nous proposons au guide de partager les photos avec le village. Chacun veut son portait, le roi de la région y compris. Même les femmes peuhles avec leur coiffe et leurs parures de colliers et bracelets traditionnels viennent nous demander de leur tirer le portrait.

Une fois les photos remises à leurs destinataires respectifs, nous prenons le bus en direction de Cotonou, 450 km plus au sud. Trajet pénible sur routes défoncées : mes intestins n’ont pas supporté la nourriture mangée la veille dans un boui-boui de bord de route, je suis nauséeuse et ruisselante de fièvre dans le bus surchauffé, le trajet dure évidemment beaucoup plus longtemps que prévu… un des premiers moments pénible du voyage, mais on sait qu’il y en aura d’autres… Arrivés à Cotonou, on constate avec bonheur que notre guesthouse met à notre disposition une cuisine et la neuvième merveille du monde (Val, tu constateras que je me suis rangée à ton système de comptage) : une vraie MACHINE A LAVER généralement introuvable ici! Un peu de confort européen, on est tout heureux de pouvoir lessiver et cuisiner nous-mêmes (sans huile de palme bien entendu), le temps que je me remette un peu.
Le moyen de transport le plus utilisé à Cotonou, comme dans la plupart des villes du Bénin et du Togo est la moto. La plupart des hommes sans emploi ont reconvertis leur véhicule en Zem (moto taxi) et proposent de petites courses dans la ville au milieu d’une circulation dense et chaotique. Mais comme pour tout en Afrique, l’offre dépasse largement la demande et il s’ensuit une chasse effrénée au client potentiel : il suffit de lever une main pour se voir entouré de trois zems aux aguets. A chaque passage, ils te demandent "où où???" (DTC répondraient certains au bout d'un moment ;-). Alimentées pas des carburants provenant de la contrebande nigériane, ces motos émettent un maximum de fumées bleues, sillonnant la ville par milliers, et donnent à Cotonou un aspect enfumé et une atmosphère oppressante, bruyante et puante.

On profite de notre séjour à Cotonou pour visiter Ganvier, un village lacustre situé juste à côté, au fond d’une lagune. Ses habitants vivent essentiellement de pêche, les femmes venant vendre sur la terre ferme le produit de la pêche de leur mari. Les maisons sont construites sur pilotis. On y trouve, en plein milieu du lac, une mosquée, une église et le palais du roi de la région. Comme chaque année, suite aux fortes pluies arrosant le nord du pays, la lagune est en crue. Néanmoins cette année, son niveau est anormalement élevé pour la saison : toutes les maisons sont déjà sous eau en cette mi-septembre, malgré les pilotis, et les habitants décomptent avec désespoir les jours jusqu’à la fin théorique de la saison des pluies. On n’a jamais vu cela ici, on va droit vers une évacuation forcée des habitants du village. Conséquence alarmante et injuste du réchauffement climatique, qui se fait cruellement sentir dans ce petit village à faible émission de CO2, sans électricité et où la plupart des bateaux se déplacent non pas avec un moteur mais à la voile ou à l’huile de bras.

Suite au succès de notre premier reportage photo, nous décidons de continuer dans la même voie et prenons contact avec le directeur de Nature tropicale, une ONG protégeant la biodiversité au Bénin. On commence par une petite visite express de leur musée. Visite insolite en soi, faite en presque-français et avec des informations plus pratiques sur les us locaux que précises au niveau biologiques : « Ca poisson, cher sur marché », « ca hibou, important pour voodoo, on a du pousser pour faire rentrer dans bocal », "ca autruche, mais tête cassée »....Le directeur nous reçoit ensuite avec enthousiasme et nous propose de couvrir les activités de l’ONG à Grand Popo, une plage à l’ouest de Cotonou où elle travaille à la protection des tortues marines contre les activités des pecheurs. Le photographe et la biologiste ne se le font pas dire deux fois… nous voilà partis vers Grand Popo, un village de pêcheurs construit tout en longueur le long d’une belle plage bordée de palmiers. On débarque au Lion Bar, un petit hôtel rasta pas cher en bord de mer, et on y découvre un petit paradis caché. Il est entièrement peint aux couleurs emblématiques rastas, verte, jaune et rouge. Ses murs sont décorés de fresques représentant les points importants de cette culture et les plus célèbres rastas de l’histoire, il y a la chambre Peter, Bob, Zion, Lion, etc… Son resto sert de délicieux plats (végétariens bien sûr) et son bar des cocktails variés (c’est moins rasta ça, mais ça nous plait bien). Confort minime, la douche est toujours froide et les sanitaires toujours communs, mais ses 2 hamacs se balançant au bord de la plage le valent largement.

L’ONG pour laquelle nous sommes venus dans ce petit coin de paradis réaliser un reportage photo, Nature Tropicale, travaille à la conservation de la biodiversité au Bénin. Elle défend ici les tortues marines, qui sont chassées lorsqu’elles viennent pondre sur les plages ou se font piéger dans les filets de pêcheurs. En effet, malgré son statut d’espèce menacée et protégée, la tortue constitue un apport alimentaire ou financier loin d’être négligeable dans cette région très pauvre, et les pêcheurs qui en piègent une dans leurs filets n’ont pas spécialement tendance à la relâcher spontanément. Difficile de respecter la vie animale lorsque la vie humaine est tellement rude. Une petite équipe de bénévoles locaux travaille donc à la sensibilisation et à la surveillance. Le responsable local de l’ONG, Gaston, possède un impressionnant réseau de surveillance qui l’alerte dès qu’une tortue est repérée lors d’un retour de pêche des bateaux, lui permettant de rappliquer au plus vite et de négocier (le plus souvent par la menace des amendes) la libération de l’animal avec le pêcheur concerné. De plus, un important travail de recensement, avec mesures et marquage des individus, est en cours. Les bénévoles patrouillent aussi les plages en fin de nuit, à la recherche de traces de tortues et vérifient que celles-ci repartent bien vers la mer à partir du lieu de ponte. Ils récupèrent les œufs et les incubent jusqu’à éclosion, pour leur éviter de finir en omelette. Un travail qui s’étend déjà sur plusieurs années et a eu des effets positifs visibles sur l’accroissement des populations. Néanmoins, ce travail ne se fait pas sans représailles : un groupe de pêcheurs mécontents a récemment saccagé la maison de Gaston, le laissant sans domicile et avec un sentiment d’insécurité oppressant.

Nous sommes chargés de suivre Gaston dans ses activités. Ce travail se révèle vite être soumis à la mode de travail africaine : après une patrouille de nuit réalisée ponctuellement la première nuit, Gaston retrouve Phil à 4 heures du matin la nuit suivante avec un trop gros mal de tête pour effectuer la patrouille, mais pas assez de crédit (sur ses 3 GSM) pour le prévenir, puis, la troisième nuit, nous téléphone à 2h15 du matin pour connaître l’heure (ses 3 GSM ne devaient pas avoir de fonction horloge) et bien préciser que le rdv est à 4 heures, heure à laquelle il ne se présente pas, mais arrive avec 40 minutes de retard. Il nous prévoit aussi une tournée de sensibilisation auprès des pêcheurs un lundi, jour de congé de ces derniers. Comme souvent en Afrique, il est temps de recadrer la situation et de mettre nos limites. Nous continuons le reportage avec lui dans des horaires qui nous conviennent, répondant à l’appel aux moments, diurnes ou nocturnes, où une tortue se présente mais sans être bloqués par des rdv non respectés. De même d’un point de vue financier : avant même de commencer le travail, il nous demande d’emblée combien on est prêt à verser pour l’ONG ; nous lui expliquons que si nous sommes prêts à rendre service bénévolement et à payer les transports que cela implique, nous ne payerons pas le fonctionnement de l’ONG, et encore moins la reconstruction de sa maison.

C’est malheureusement une réalité très marquée dans ce pays : ici, le blanc rime avec argent, et Yovo avec cadeau. L’approche des gens est dans la plupart des cas d’abord intéressée et se résume à l’attrait de l’argent. Les Béninois essaient systématiquement de se faire un peu d’argent sur notre dos, mais ne gardent pas de rancune lorsqu’ils essuient un refus.

Nous passons le week-end avec Nico (Cousteau pour les intimes du cercle), un ami belge de l’ULB. Il travaille pour un projet de la coopération technique belge à Comé, la ville voisine où il gère la pêche à la crevette sur le lac Ahémé. Petit week-end détente, on profite du soleil, de la plage et il nous fait découvrir les bons petits restos de Grand Popo. On va à la grande soirée rasta du samedi soir du Lion Bar, renommée dans toute la région pour ses bons cocktails et le bon son reggae de Gildas, le patron, aux platines. Comme vous pouvez le sentir, nous avons donc beaucoup de mal à nous arracher de ce petit coin de paradis et à continuer notre périple…

Malheureusement, une fraude effectuée sur nos deux cartes visa nous rappelle à la réalité : elles vont être bloquées dans les jours à venir, nous laissant sans aucun moyen de retirer de l’argent dans cette région du monde où MasterCard n’existe pas. Retour forcé immédiat à Cotonou, car ici, de même que dans les 2 villes voisines, pas de distributeur, et pas de retrait Visa possible au guichet. Nous effectuons à Cotonou une tournée des banques, à la recherche d’un distributeur fonctionnel et approvisionné, que nous trouvons enfin après 5 tentatives infructueuses. Une fois nos bourses suffisamment pleines pour tenir le coup durant les prochaines semaines jusqu’à la livraison de nos nouvelles cartes visa par Europ Assistance, nous fuyons le gros nuage de Cotonou en direction de l’air pur de… Grand Popo. Ben oui, demain c’est samedi, soirée reggae et weekend détente avec Cousteau !

Et les photos:

de Djougou et Taneka Coco:

http://www.facebook.com/album.php?aid=218274&id=591557223&l=93017b93f3

de Cotonou et Ganvier:

http://www.facebook.com/album.php?aid=218572&id=591557223&l=a17acb12be

et de Grand Popo:

http://www.facebook.com/album.php?aid=218584&id=591557223&l=d75e606b5e