Réunion de famille en Thaïlande

Nous revenons sur Bangkok et nous installons dans notre petite guesthouse habituelle (Buri Bed and Breakfast, 500THB, Station BTS Thonglow pour ceux qu’une bonne adresse intéresse) avec un peu l’impression de revenir à notre seconde maison. Phil et moi sommes toujours heureux d’y retrouver le grand sourire de la petite dame et son mari (dont on oublie chaque fois les noms). Ils n’ont pas changé, elle toujours aussi rondouillette et bienveillante, ils ne comprennent toujours pas un mot d’anglais et nous ne parlons toujours pas thaï (comme c’est par contre le cas de la plupart des résidents), donc, comme d’hab, notre réservation n’est pas notée et on communique par langage des signes… avec le sourire, comme d’hab aussi. Nous partons ensuite dans la jungle urbaine en quête des visas requis pour nos prochaines destinations et de matériel photo pour Phil (direction le Pantip Plaza, véritable caverne d’Ali Baba pour tout ce qui est matériel photo et audiovisuel pour les intéressés à nouveau).




Bangkok n’a pas changé, c’est toujours un enchevêtrement aérien de plateformes piétonnières et routières et de bretelles ferroviaires du skytrain, et au sol, une forêt de gratte-ciels entre lesquels trônent des temples et des parcs, dans un curieux mélange de béton et de palmiers, de moderne et d’ancien, de luxe excessif et de pauvreté et puanteur choquantes. Les trottoirs sont parsemés de petits stands de rue vendant de la nourriture variée, alléchante ou parfois repoussante. Comme les Thaïs, nous mangeons à toute heure et nos pérégrinations dans Bangkok sont parsemées de petits arrêts gourmands: dims sums vapeurs, riz gluant à la mangue et au lait de coco, poulet sauce gluante (très gluante, trop gluante, non finalement ce n’est pas mauvais du tout), fruits tropicaux frais, petites brochettes variées (déconseillées à l’exception des boulettes) dégustés dans la rue en observant la foule grouillante et colorée ou au bord d’un plan d’eau, dans le havre d’un parc où les Thaïlandais viennent se relaxer en famille ou en amoureux. Et quand ce n’est pas dans la rue que nous mangeons, nous profitons des buffets kilométriques des foods halls.


Le lendemain, nous partons à l’aéroport accueillir mes parents qui ont traversé les continents pour nous rejoindre en Thaïlande. Au programme : voyage sac à dos et « à notre façon » pendant une semaine, puis ils enchaîneront avec 2 semaines de tour de la Thaïlande en circuit organisé par un tour opérateur, dans des conditions plus confortables.


En skytrain, en métro ou en bateau public, nous leur faisons découvrir les malls à la taille et au luxe démesurés, les temples en bord de rivière, les petits marchés de rue et leurs délices culinaires, les parcs, etc… Nous finissons la journée par un apéro au dernier étage de l’Hilton, avec vue panoramique sur Bangkok qui s’illumine petit à petit.


Après la découverte de cette jungle urbaine, un train nous emmène en direction du calme de Kanchanaburi et de la rivière Kwai, et des montagnes qui apparaissent au loin… Les paysages défilent, de plus en plus ruraux, tandis qu’on s’éloigne de la fièvre citadine de Bangkok… Nous arrivons dans cette petite ville beaucoup plus calme et profitons du marché du soir, où on vend essentiellement… de la nourriture :-) Ce n’est pas à des gourmands comme nous qu’il faudra le dire 2 fois : nous passons de stand en stand et profitons de l’occasion pour essayer un maximum de choses ! :-) Nous passons le reste de la semaine à explorer la région à mobylette, découvrant des grottes à bouddhas, des jardins fleuris dédiés à Shiva et à d’autres divinités, des temples dorés… Nous découvrons le parc naturel d’Erawan et traversons ses forets pour atteindre les 7 niveaux de sa cascade. A chaque niveau apparait une nouvelle chute d’eau, serpentant entre les arbres et atterrissant dans un petit bassin d’eau bleue qui abonde de petits poissons chatouillant les pieds. Un petit paradis naturel, si ce n’est les nombreux touristes qui hantent les niveaux inférieurs… Au fur et à mesure de l’ascension, ils se font de plus en plus rares et le décor se fait de plus en plus enchanteur et récompense l’effort de la montée. Nous explorons les rives de la rivière Kwai dans un long tail boat.


Nous reprenons ensuite le train en sens inverse, en direction du marché flottant de Damnoen Saduak où nous arrivons en soirée. Histoire d’éviter la foule de touristes débarquant par car le matin vers 9h00, nous décidons de passer la nuit sur place et de nous lever tôt pour explorer le marché. Nous louons un bateau et croisons des barques remplies de fruits et légumes, de cuisines flottantes servant des bols de soupe aux nouilles, passant d’une rive à l’autre en fonction des clients intéressés sur les berges. Un magnifique festival de couleurs glissant sur l’eau.


De retour à bangkok, nous explorons l’immense marché de Chatuchak, avec son dédale d’allées étroites où on se perd, même avec un plan ! On y trouve de tout, des antiquités, de l’art et artisanat, des vêtements, des meubles, des animaux, des souvenirs pour touristes, des bijoux, de la déco pour resto… mais il faudrait des jours pour l’explorer dans son entièreté ! Les ladyboys sont plus que fréquent(e)s à Bangkok, on en croise à tous les coins de rues… elles organisent même des cabarets, dont nous assistons à une représentation, impressionnés par leur haut degré de perfection au féminin ;-) si ce n’est leur incapacité à apprendre à danser de manière féminine (ben oui, il n’y a pas qu’à traverser la scène en balançant des hanches !).


Et, après cette semaine passée ensemble, je dois dire que mes parents se sont révélés de très bons backpackers et que j’ai découvert d’où me venais ma fibre de voyageuse ;-) : ils ne reculent ni devant les matelas durs et les salles de bain communes des guesthouses bon marché, ni devant la nourriture de rue consommée dans des endroits pas toujours ragoutants au premier abord (nourriture qu’ils ont adorée, mais qui n’aimerait pas ça, franchement, c’est une des meilleures du monde quand on tombe bien), ni devant un trajet « un peu chaud et inconfortable » dans un bus ou un train local, ni devant la traversée des campagnes en mobylette à toute vitesse pour arriver avant la fermeture d’un temple, ni devant un réveil matinal pour voir les côté les plus traditionnels du marché flottant., etc…). Bref, c’est très fière d’eux et reconnaissante d’être venus nous rejoindre aussi loin, s’ouvrant à un autre style de voyage, que je les quitte pour les prochains mois, les laissant à la suite de leur voyage.


et voici de nouvelles photos pour illustrer tout cela

Beaches in Bali

C’est donc à contrecœur que nous quittons Ubud, mais la curiosité de découvrir les autres aspects de Bali nous prend au ventre au bout d’un moment, ainsi que la passion de la plongée de mes 3 compagnons de voyage. A défaut de nous diriger vers les îles Guilli (dont le nom me plaisait pourtant beaucoup), une destination de plongée réputée mais aléatoire en cette saison des pluies, nous prenons le cap vers Ahmed, un spot de snorkelling recommandé dans notre guide de voyage… mauvais choix, en cette saison une couche d’eau sale s’est accumulée à la surface de la mer et nous cache les jardins coralliens, 2 mètres plus bas. Tout n’est pas perdu, Phil et Serge en profitent pour faire d’intéressantes plongées de jour et de nuit sur une épave japonaise, tandis que Raf et moi profitons de la piscine de notre guesthouse, la plage de sable noir étant moins tentante…

Nous prenons ensuite la route vers le sud de Bali et ses plages touristiques, nous basant à Seminyak dans un magnifique petit hôtel pour la dernière nuit de Raf et Serge… Ressort discret à la déco raffinée, et à la piscine bleu foncée dans un joli petit jardin tropical. Nous en profitons pour passer la soirée à Kuta, la station balnéaire voisine. Kuta est tristement célèbre pour les attentas qui y ont eu lieu en 2002, tuant un peu moins de 200 fêtards dans une boîte de nuit et en blessant 300…. Aujourd’hui, si ce n’est un mémorial érigé à la mémoire des victimes et un souvenir traumatisant pour les patrons des bars et boites avoisinantes, la fête y atteint à nouveau son paroxysme dans les boîtes, cafés karaokés (la cacophonie intégrale, je vous assure, rien à voir avec la pratique du karaoké tellement prise au sérieux an Asie), bars dansants où les cocktails se boivent à la gourde d’un litre (un détail pratique pour danser d’une part, et être vite saoul d’autre part). Loin du noir souvenir de 2002, Kuta revit et est aujourd’hui emportée par un raz-de-marée de jeunes australiens en mal d’alcool, de fêtes et de drogue. En effet, malgré la menace de la peine de mort (appliquée, nationalité étrangère ou non), la drogue y est proposée à tous les coins de rue. On se joint à la fête et on termine au Bounty, la célèbre boîte de nuit balinaise, l'ambiance des boîtes déchire, sauf qu'il faut avouer que par moments, on s’y est senti un peu vieux, trentenaires ou presque parmi les moins de 20 ans :-))))

La jungle de Kuta est bien loin de la culture locale, mais ce ne sont pas les locaux qui vont s’en plaindre, le tourisme leur rapportant plus de 50% de ses revenus à l’île.

Vient ensuite le temps des au revoirs… Serge rentre vers l’Europe er Raf vers l’Australie, malgré les caprices du volcan Bromo qui a fait des siennes 48 heures plus tôt perturbant le trafic aérien indonésien (les volcans islandais sont plus doués pour cela apparemment !). Après tout ce périple entouré d'amis, Phil et moi reprenons la route à 2 en direction de la péninsule au sud de Bali pour une petite semaine en amoureux au paradis des surfeurs. Nous dégotons un petit hôtel perché sur une falaise surplombant la mer à Bingin, où la plage est séparée de la terre par un escalier de 450 marches creusées dans la roche (tout bon pour mes fesses ça, merci Servane :-) mais merci surtout pour la vue imprenable sur la mer turquoise bordée de falaise abruptes que nous avons depuis notre terrasse) ! On se croirait presque en Normandie (surtout pendant les ondées… sauf qu’ici, elles sont tropicales). Sur notre mobylette, nous explorons la péninsule et ses petites plages une à une. Phil en profite pour s’essayer au surf. Il finit avec un gros mal au épaules et un torse irrité par la cire de la planche, mais très fier d’avoir réussi à se mettre debout et à filer sur le sommet d’une vague ! Je l’observe depuis la plage, empêchant les singes tous proches de venir tout nous voler à la moindre occasion (grr sales bêtes, ils sont tellement agressifs que nous avons plus peur d’eux qu’eux de nous, et ils nous réveillent le matin quand ils viennent nous piquer nos ponchos plastico qui sèchent sur la terrasse !).

Après ces quelques jours de farnienté, il est temps de rejoindre Bangkok avant l’arrivée de mes parents.


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I love Bali

Telle Elizabeth Gilbert, je suis tombée amoureuse, non pas à, mais de Bali… Nous gagnons l’île depuis Java par un ferry (sans mal de mer cette fois, cool !), puis nous dirigeons directement vers Ubud, une petite ville située dans le centre de l’île et connue pour être au centre de sa culture. Nous avions initialement prévu d’y passer 3 nuits, nous y sommes finalement restés 10 jours ! Surprise totale : je m’attendais à une île ayant vendu son âme au tourisme, aux attraits se résumant à la plage, au surf, aux bars et diverses discothèques et aux ressorts de luxe, et je me suis en réalité retrouvée face à un paradis, touristique de fait, mais protégeant jalousement sa culture et empreint de spiritualité. Un surprenant mélange bien loin de mes aprioris et ayant un charme fou, charme sous lequel nous sommes tombés tous les 4, Phil, Raf, Serge et moi.

Ubud est un dédale de petites ruelles étroites ornées de statues et comporte un nombre incalculable de temples. En effet, chaque maison possède son propre temple, parfois minuscule, parfois de taille conséquente. Les propriétés familiales sont organisées en lotissement de divers petits pavillons au toit aux bords recourbés, et sont ornées de statues de divinités hindouistes, bouddhistes et animistes, en vieilles pierres grises et souvent couvertes de mousse. Les jardins regorgent de fleurs, et sont soigneusement entretenus. En effet, Bali est l’île aux fleurs, on en retrouve partout : sur les arbres, dans les cheveux des femmes, dans les petits paniers d’offrandes, sur les statues de pierre… Chaque jour, la maîtresse de maison dépose avec dévotion de petites offrandes aux pieds des statues et sur le sol à différents endroits de la propriété, sur la rue face à l’entrée, les véhicules qui y sont garés. Les habitants de l’île pensent que celle-ci est peuplée de dieux, d’ancêtres, d’esprits et de démons. Les offrandes ont pour but de leur démontrer leur respect et leur gratitude, et de maintenir les démons à distance. La maîtresse de maison passe donc un temps fou à préparer ces compositions, disposant harmonieusement dans des petits paniers végétaux de forme variée (qui sont fait maison ou achetable en kit) des fleurs, de l’encens et une petite offrande de nourriture (riz, cracker). On apprend vite à marcher sur les trottoirs d’Ubud en évitant de les renverser tous les 10 mètres ! A chaque heure du jour, Ubud embaume une légère odeur d’encens et de fleurs de frangipanier, un plaisir pour les sens.

A chaque coin de rue, on tombe sur une nouvelle surprise, attestant à quel point la culture traditionnelle est maintenue ici : procession en costume traditionnel, des gamins balinais en pleine répétition de danse traditionnelle, un orchestre de femmes répétant un concert de musique locale (une sorte de capharnaüm organisé et mélodieux qu’on aime bien mais qu’on trouve un peu lancinant et obsédant à force de l’entendre perpétuellement dans les rues), des femmes déambulant tranquillement, vêtues d’un sarong tenu par une ceinture, et apportant au temple une montagne de fruits savamment empilés et tenant en équilibre sur leur tête comme par magie. Dans nos déambulations hasardeuses, on tombe aussi sur des combats de coqs, un sport national, ici comme dans le reste de l’Asie et qui nous laisse perplexes par tant de barbarie ! Devant une foule d’hommes surexcités qui tendent des billets de banque au bookmaker, les « entraîneurs » excitent leur poulain en lui rebroussant les plumes du cou, en arrachant quelques unes au passage, avant de le lâcher sur l’adversaire avec, détail le plus barbare, une lame de couteau attachée à l’arrière d’une de ses pattes. Si le gagnant ne finit pas le perdant, l’arbitre les rassemble sous un panier et si l’explosion de violence qui s’ensuit ne suffit pas, le perdant finit chez le cuisinier, qui lui arrache plumes et pattes sans même prendre la peine de l’achever et le plonge dans la casserole. Comme je le disais, nous restons assez perplexes et dégoûtés face à cette tradition sanglante.

Nous assistons aussi à des spectacles de danses traditionnelles (Kechak et Legong). Mon scepticisme initial face à ces spectacles pour touristes se transforme vite en un émerveillement total face aux costumes dorés étincelants, à la grâce de danseuses et à leur impressionnante souplesse et finesse des mains et des doigts. Pour les danses Kechak, le fond sonore (peut-on dire musical ?) est produit non pas par des instruments mais par une chorale d’hommes de tout âge assis en rond autour de la scène centrale, torse nu et des fleurs dans les cheveux, chantant et caquetant énergiquement pendant le temps du spectacle. Et si on regarde bien au fond de la salle, on peut voir qu’en fait, il n’y a pas que les touristes qui profitent du spectacle, les locaux observent discrètement.

A partir d’Ubud, nous rayonnons dans la région en mobylette, le principal moyen de transport local. Nous partons nous perdre dans la région, au sens propre comme au sens figuré, les locaux nous indiquant systématiquement des directions un peu fantaisistes, se contredisant régulièrement quand nous prenons plusieurs avis. On finira par utiliser le GPS de l’I-Phone de Serge pour arriver à destination, c’est plus fiable :-). Sur les routes de Bali, nous découvrons des paysages de jungle tropicale magnifiques, et des rizières en terrasses verdoyantes à couper le souffle.

Nous profitons aussi des avantages touristiques de l’endroit (qui rapportent tout de même 50% de ses revenus à l’île). Hôtels à la déco magnifique (sur ce point, les Indonésiens sont encore plus doués que les Thaïs), les warungs, de bons petits restos locaux à la lumière tamisée, (pour la nourriture, même si les Indonésiens ne sont pas mauvais, les Thaïs restent les maitres), petits magasins de vêtements plus sympas les uns que les autres, boutiques d’antiquités comparables à des cavernes d’Ali Baba (qui donnent juste l’envie de ramener un containeur rempli de merveilles vers l’Europe, rien que ca, on se retient mais qu’est-ce que c’est dur avec tant de tentations, on pourrait finir notre budget de voyage ici et ouvrir un musée ! :-)

Et oui, c’est sans même avoir mis le pied sur une plage que nous sommes tombés sous le charme de Bali !

Retrouvez les photos sur

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Java, des volcans, des temples et des hommes

Nous nous envolons vers l’Indonésie, faisant escale le temps d’une soirée à Kuala Lumpur, en Malaisie. Cette escale nous permet d’y entrevoir Chinatown et les célèbres Twin Towers de KL, que nous admirons depuis un skybar assez fabuleux dans lequel de petits salons confortables sont diposés autour d’une énorme piscine, au milieu de laquelle flottent des lampions bleus, dans une ambiance musicale électro. Depuis la plupart des tables, on peut admirer les tours qui font face au bar au travers d’une énorme baie vitrée en sirotant un onéreux cocktail. Assez sympa il faut l’admettre ;-).

Quelques petites photos pour illustrer ca:

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Le lendemain avant l’aube, nous repartons, à moitié endormis, vers l’aéroport pour ne pas manquer notre avion vers Yogyakarta où nous attendent Raf et Serge. L’Indonésie est un archipel immense qui étend ses 17000 îles sur 5000 km le long de l’équateur. Ses 240 millions d’habitants, appartenant à des centaines d’ethnies et de cultures différentes et partageant, en plus de leur langue maternelle, une langue commune, vivent relativement bien leur nationalité commune (peut-être serait-il temps de prendre exemple ?). Dans ce pays, la plus grande nation musulmane du monde, l’islam a en grande partie remplacé l’hindouisme et le bouddhisme et côtoye de nombreuses autres religions et croyances. Etant donné qu’il nous faudrait des mois, voire des années pour visiter le pays dans son entièreté, nous avons choisi d’en explorer les îles de Java et de Bali.

Nous débarquons à Yogyakarta, ville frétillante de Java à l’impressionnant trafic de bus, de voitures, de calèches, de mobylettes, de vélo et de bécacs colorés (de petits pousses-pousses poussés par un vélo ou une mobylette pour les plus modernes). Les Javanais (tout comme les balinais, nous le découvriront plus tard) sont un peuple de gens souriants, bavards et aimables, passés maîtres dans l’art d’arnaquer le touriste avec le sourire. Nous découvrons à Yogya le marché aux oiseaux (et toutes sortes d’autres animaux), avec ses oiseaux de toutes sortes (utilisés dans des concours de chants), ses poussins multicolores (je suis complètement fan des turquoises), ses serpents venimeux, ses chauves souris et autres animaux bizarres. Des chiots sont vendus à des couples d’Indonésiens gaga, qui les abandonneront une fois qu’ils atteindront l’âge adulte, ajoutant ainsi un chien errant au nombre impressionnant qui sillonne les rues ici.

L’Indonésie est un pays où la nature est reine, er où l’homme ne peut que se soumettre humblement devant les forces des nombreux volcans en activité, des tremblement de terre à répétition et des tsunamis, … Chaque année, un grand nombre d’habitants doit être évacué car tel ou tel volcan a décidé de se réveiller… habitants qui reviendront obstinément se réinstaller sur les pentes volcaniques encore chaudes et fertilisées une fois l’éruption passée. C’est notamment le cas du volcan Merapi, qui est une menace permanente sur la ville de Yogyakarta où nous résidons, et qui est entré douze fois en éruption lors du siècle dernier. Sa dernière saute d’humeur date du mois d’octobre passé, date à laquelle il a recouvert de cendres une bonne partie de la région, et y a malheureusement fait de nombreux morts parmi les habitants du village voisin qui ont refusé d’évacuer malgré l’alerte donnée par l’observatoire local (un imbécile de gourou local avait prédit le contraire et les a convaincus de rester). Lors de nos déplacements dans la région, nous pouvons observer les dégâts encore visibles de l’éruption: des villages recouverts de cendres sur plus de 1,5 mètre d’épaisseur et d’énormes blocs de pierre (le déblaiement est toujours en cours), une coulée de lave qui a complètement recouvert la rivière, et à proximité du volcan, des maisons dont il ne reste rien, des arbres brûlés et complètement pliés, probablement soufflés par l’explosion du volcan. Les Indonésiens qui ne perdent pas le nord, ont transformé la zone sinistrée en attraction touristique, y installant de petites échoppes de bouffe, des toilettes, un droit d’entrée, vendant des DVD consacrés à la catastrophe … un peu sinistre non ?

Malgré les déchaînements des éléments naturels, les magnifiques temples anciens de Prambanan et de Borobudur, tout proches du Merapi, résistent au temps, depuis le dixième et le septième siècle environs. Ces grandes constructions hindouistes et bouddhistes se dressaient majestueusement dans la jungle environnante. Nous découvrons avec plaisir leurs vieilles pierres, leurs bas-reliefs et leurs statues de bouddhas (malheureusement trop souvent décapités, dont la tête a probablement fini dans un musée ou sur le buffet de collectionneurs quelconques ;-)). Ils sont régulièrement balayés de leurs cendres volcaniques par les autorités, comme c’est encore le cas aujourd’hui suite à l’éruption du mois d’octobre. Malheureusement, le temple de Prambanan a été fortement touché par le tremblement de terre de 2006, et de nombreux petits temples périphériques se sont écroulés.

De même que le Merapi, le Bromo fait savoir que la planète est mécontente… son éruption, qui dure depuis plus de 3 mois, recouvre les terres environnantes d’une épaisse boue noire, composée de cendres mélangée à la pluie, donne un aspect plus que sinistre au lieu. Nous décidons d’aller voir ce volcan, une des merveilles de l’île, depuis un point de vue situé sur la montagne voisine, située en dehors de la zone d’exclusion. Nous arrivons dans la zone la veille au soir, sous une pluie battante, roulant dans cette épaisse boue noire avec un 4X4 et passons une nuit froide dans un hôtel lugubre, à douter de ce que nous verrons le lendemain. Réveil à 3h30 pour escalader la montagne, à pied sous la pluie battante, dans l’espoir d’apercevoir le Bromo au lever du soleil… espoir décroissant à chaque pas de notre escalade… nous arrivons trempés jusqu’au os au sommet et, à l’aurore, nous pouvons y admirer… le nuage dans lequel nous sommes arrivés et où, en plus, il pleut toujours. :-)

Un coup dans l’eau, on ne va pas s’arrêter à ca, on repart en direction de la découverte… d’un autre volcan ! Pour l’atteindre, nous parcourons l’est de l’île sur de petites routes défoncées qui traversent une jungle épaisse et magnifique, un décor digne de Jurassic Park, avec des fougères arborescentes immenses, des lianes, des bananiers, des palmiers de toutes les formes, de petites cascades, des sources chaudes, etc… Nous passons la nuit dans un village constitué de petites maisons identiques et bien rangées, aux jardinets et potagers bien ordonnés, où on se croirait chez nos amis les hollandais, sauf qu’il y fait tropicalement chaud et humide, mais on y perçoit clairement l’influence de l’ex-colonisateur. Le lendemain, encore un réveil matinal pour nous escalader le volcan Ijen et voir… un nuage ? Non, aujourd’hui l’escalade se fait sous de meilleurs augures, bien que le temps soit un peu brumeux, il ne pleut pas. A Ijen, le volcan encore actif comporte une mine de soufre. Des mineurs de tous âges extraient ce soufre, qu’ils remontent sur de petits chemins étroits le long des pentes escarpées du cratère puis redescendent pour un salaire de misère. Ils portent ainsi avec sur l’épaule une planche de bois supportant 1 panier à chacune de ses extrémités et contenant des poids d’un total variant de 50 à 80 kg, et ce avec une force que leur corps frêle ne laisserait pas supposer. Raf, Phil et Serge tentent d’en soulever un, mais cet essai restera vain sans la technique adéquate. Nous empruntons avec eux le chemin des mineurs, remontant les pentes abruptes du volcan, et, coup de chance cette fois, arrivés au sommet, le nuage se dissipe et nous pouvons apercevoir le lac bleu turquoise dans le fond du cratère, qui crache sporadiquement une fumée soufrée que les mineurs respirent quotidiennement, et qui s’additionne à celle des cigarettes qu’ils fument lors de l’escalade.

Bref, une vie pas toujours facile pour les habitants de cette île où règnent les forces de la nature, mais néanmoins en plein développement et essor économique comme en atteste la vie dans les grandes villes. Nous la quittons en ferry en direction de Bali pour un peu de repos après tous ces réveils plus que matinaux ;-)

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Celui qui fêtait le nouvel an en Thailande entre amis


Petit break dans notre voyage : après 4 mois et demi d’Afrique, nous retournons vers l’Europe pour y passer les fêtes de Noël. Le contraste se marque dès l’aéroport de Casablanca où nous transitons : rien à voir avec l’aéroport de Ouaga : éclairage halogène, des carrelages blancs, tout est propre et pimpant, des toilettes où je ne me pose pas 10000 questions avant de m’y asseoir ! Nous retrouvons la famille et les amis après 4 mois et demi sans se voir, quel bonheur. La neige est aussi de la partie pour nous accueillir, et nous avons le plaisir de voir une Belgique toute blanche. Les repas et les sorties se succèdent, et nous sommes gavés de bons petits plats européens, bien consistants, qui nous aident à résister au froid polaire qui règne ici (nous avons quand même réalisé un total non négligeable de 4 raclettes, 1 tartiflette et 2 cheese and wine sur 15 jours, c’est sûr, on fait le plein de fromages pour les prochains mois :-)



On profite un maximum de la famille et des amis avant notre nouveau départ, direction l’Asie, pour 7 mois cette fois. Notre première destination est la Thaïlande, où nous avons prévu de passer la période du nouvel an avec plusieurs amis venant des quatre coins de la planète : Cathoche, Gaia, Pouliche, Glenn et Serge arrivant de Belgique, Kim de Singapour, Sayu et Nico de Hong Kong et Simone et Raf d’Australie, tous présents au rendez-vous donné à Koh Samui, une île paradisiaque (et bien touristique) située au large de la Thaïlande. La Thaïlande est un pays de services, où le touriste européen peut facilement se faire plaisir. Les Thaïlandais mettent un point d’honneur à ce que tout soit parfait et roule sans anicroche, toujours avec le sourire et une profonde gentillesse. Nous en profitons un max en se la jouant « gros touristes »: cocktails à gogo (avec tournée des bars pour désigner celui offrant la meilleur Piña Colada), jus de fruits frais et bons petits restos face à la mer, massages, shopping, délicieuse nourriture de rue, après-midis tranquilles sur la plage, spa fish hilarants (ca chatouille à mourir ces petites bêtes et l’absence visible de résultat me laisse perplexe),…



Glenn a eu la mauvaise idée de naître un 31 décembre… ca va être sa fête. Arrivé le 30 en soirée, minuit sonne à peine que la fête commence dans un bar où les serveuses thaïes dansent au milieu d’un kiosque et se font une joie de se joindre à nous, lui barbouillant le visage de talc et de rouge à lèvres… elles lui offrent des fleurs, des shots et de drôles de mixtures traditionnelles destinées à améliorer ses performances. L’ambiance est festive, les serveuses sont hyper enthousiastes et taquines et on se retrouve vite à danser avec elles autour de la barre en métal. Il faut admettre que nous sommes des clients idéaux, consommant sans modération et sans les mains baladeuses classiques des trop nombreux touristes sexuels gravitant dans la zone… Le lendemain, la fête d’anniversaire de Glenn est loin d’être terminée. On lui a réservé un service de réveil spécial, avec livraison du petit déjeuner par un room service de 8 fous furieux qui déboulent dans sa chambre pour sauter sur son lit et lancer des ballons. On l’embarque en direction d’un quai, où un voilier spécialement loué pour l’occasion nous attend. Journée de détente au large des côtes de Koh Samui, bronzette tranquille sur le pont, sur de bons vieux airs de Hit Connection des années 90 (merci Sayu et Nico), plongeons acrobatiques depuis le pont, malgré mon bon gros mal de mer, c’est trop bon de se retrouver tous ensemble. Retour vers la rive et une belle tempête tropicale pour clôturer la journée ! Impressionnant. Journée qui est en réalité loin d’être terminée vu qu’il nous reste à fêter le nouvel an. Diner chic (ou sensé l’être) dans un hôtel, on parvient à s’approprier quelques homards face à de gros russes qui jouent des coudes. La soirée continue sur la plage, à boire des cocktails (Gooooold strike) et à lancer des lanternes à souhait (des espèces de petits ballons de papier de riz dans lesquels on allume une mèche et qui s’envolent tels des montgolfières). La fête continue de plus belle dans un bar dansant en bord de plage, les fêtards dansent partout, sur la piste, la plage et dans l’eau. A minuit, un spectacle inouï s’offre à nous : des centaines de feu d’artifice explosent au dessus de la mer, dans un horizon pailleté par des lanternes à souhait. La côte est couverte des bars et de restos, dont chacun envoie son propre feu d’artifice, sans mesure de sécurité aucune, mais le spectacle est tellement à couper le souffle qu’aucun d’entre nous ne s’en inquiétera. On continue la soirée par un petit cantus au Mc Do, puis allons souhaiter la bonne année à nos copines les danseuses rencontrées la veille. On termine la soirée en nous mesurant à la maquerelle au Puissance 4. Une idée appréciée par les filles car quand le boss joue, elles ne sont pas forcées de danser. Bref, une soirée mémorable ce nouvel an 2011 !



Après ce petit séjour à la plage, nous partons avec les amis belges faire un petit tour en Thaïlande. Nous rejoignons la côte en ferry, en direction du parc naturel de Khao Sak, où nous avons réservé une cabane dans les arbres au milieu d’une forêt tropicale hyper humide et envahie de moustiques (c’est Pouliche, leur grande amie, qui est contente). Nous partons faire une ballade en bateau sur un lac entouré de montagnes karstiques escarpées aux parois couvertes de forêts luxuriantes. Notre route se poursuit ensuite vers Khao Lak, une des stations balnéaires dévastées par le tsunami en 2004, dont les seuls vestiges sont les flèches indiquant la direction et la distance du point culminant le plus proche en cas de nouveau tremblement de terre et des photos exposées dans les devantures des magasins. Drôle de sentiment que de se retrouver sur les lieux de la catastrophe, 6 ans plus tard, d’imaginer ce que les gens ont vécu ce jour là, et de se dire que les habitants travaillant ici aujourd’hui y ont très probablement perdu un ou plusieurs membres de leur famille. Mais le but de notre présence est loin d’être du tourisme macabre : Khao lak est notre point de chute pour une journée de snorkeling sur les côtes des îles Similan ou Surin, dont le choix se portera finalement sur Surin suite aux disponibilités. Journée de détente à bord d’un hors-bord, grande vitesse cette fois. Notre petite bande en squatte toute la partie avant, aménagée en petit salon de plein air, avec l’impression d’être seuls à bords, admirant les magnifiques côtes des îles que nous croisons et leurs eaux turquoises, et snorkelant au milieu des poissons tropicaux, des tortues et d’invisibles requins ;-) Déception tout de même car des coraux, il ne reste que le récif blanchi, leur mortalité étant survenue suite à un changement de température d’après ce qu’on nous dit ici. Invasion d’acanthaster, dont on voit quelques individus ? S’ensuivent nos dernières journées de farniente sur la plage tous ensemble, avant d’embarquer en direction de Chiang Mai où visites de la ville et de ses temples dorés et balades dans la jungle à dos d’éléphant sont au programme. Au travers de la ville, on croise de petits marchés, où sont vendus des fruits et légumes colorés et odorants (pas de durian ici néanmoins), des épices de toutes sortes, des poissons s’agitant dans leur bains avant de se faire découper, des nouilles de toutes les formes et de toutes les couleurs (il y en a même des vertes et des roses) et bien d’autres produits qui nous donnent l’envie de nous essayer à cette cuisine délicieuse, ce que nous ajoutons au programme. Etant à Chiang Mai le dimanche soir, nous pouvons profiter de son célèbre marché du soir, où déambulent nonchalamment les locaux et les touristes au milieu d’échoppes colorées où sont vendus divers produits et objets de l’artisanat local. La succession d’échoppes se prolonge même dans la cour des temples bordant la rue principale, se spécialisant parfois dans une nourriture délicieuse, variée, pas chère, et parfois aussi un peu bizarroïde. Qui va tenter les grillons grillés ou le thé vert fluo où macèrent des sortes de nouilles ? Si c’est liquide, ce sera Serge bien sûr ;-)



Le lendemain, les petits belges nous quittent le temps d’une soirée en direction de Bangkok, nous laissant Phil et moi en amoureux profiter d’un divin de moment de relaxation dans un spa magnifique de Chiang Mai. On les rejoint le lendemain dans le centre de Bangkok pour le lunch, une orgie de sushis et fruit de mer à plonger dans une fondue bouillante, dont les ingrédients défilent sur tapis roulant devant nos mines gourmandes. Nous devons ensuite nous résoudre à les quitter, pour longtemps cette fois :-(, pour prendre notre avion s’envolant vers de nouvelles aventures indonésiennes avec Raf et Serge qui nous attendent là-bas.



Et les photos:


http://www.facebook.com/album.php?aid=246846&id=591557223&l=ba99806e80

Burkina Faso

Bon, je suis probablement restée trop longtemps en Afrique car je vais remettre à plus tard la rédaction de ce post ;-)

Par contre, voici qq photos pour vous faire patienter
http://www.facebook.com/album.php?aid=246514&id=591557223&l=b5f5a3ed3c

Du côté de Ju: Adeta, mon beau village

Du 31 octobre au 27 novembre

L’Européen a une montre, tandis que l’Africain, lui, il a le temps.

Me voilà donc repartie vers le Togo, laissant Phil à Ouagadougou bien occupé par ses contrats de photographe pour l’ONU. Un interminable trajet en bus, étouffant et retardé par un accident bloquant la route (comme il se doit ici :-), m’emmène jusqu’à Lomé. Je retraverse des paysages connus en sens inverse, la savane désertique devient de plus en plus arborée au fil des kilomètres parcourus, jusqu’à ce que le vert de la végétation tropicale explose avant d’atteindre l’océan et sa douce fraicheur à Lomé.

Le temps de remplir quelques petites formalités administratives, et nous voilà, moi et Patrick, un autre volontaire, filant dans un taxi brousse en direction d’Adeta, le village où notre association travaille actuellement. Adeta est un petit village de 12000 habitants, entouré de collines verdoyantes et de plantations d’ignames, de haricots, de café, etc… C’est un village africain des plus classiques, écrasé sous le soleil brulant. Il s’organise autour de sa route principale, bordée de cahutes aux toits de paille ou de tôle procurant de l’ombre aux petits vendeurs d’eau ou de jus de bissap en sachets, de bananes, de beignets, ou du traditionnel et invariable étal de tomates, oignons et piments, ou encore aux tatas proposant dans leurs casseroles du riz sauce ou de la pâte (le plat local constitué d’igname pilé ou de maïs moulu et qu’on mange avec une sauce). Au loin, on entend la musique résonner, tout le temps, partout. Une multitude de pistes de latérite et de petits sentiers tranquilles partent de la route en direction des fermes et des champs entourant le village. Comme tout bon village, Adeta a ses écoles (3 !), son dispensaire, ses latrines en périphérie, ses 50 coiffeuses tresseuses (ayant chacune leurs apprenties) et ses innombrables garagistes, conducteurs de taxi moto, couturières et tailleurs. Les femmes aux pagnes colorés y déambulent tranquillement, droites comme des i, leurs bébés en écharpe et un incroyable empilement de bric-à-brac dans la marmite en équilibre (toujours stable) sur leur tête. Au passage des volontaires blancs, les petites voix des enfants rabâchent encore et toujours leur éternel refrain « Yovo Yovo bonsoir, ça va bien, merci », dans des explosions de rires cristallins. Et des enfants ici, il y en a des centaines, des milliers, ils courent partout et égaient la vie. Les moutons, chèvres, poules, poussins punks (peints en bleu fluo pour échapper à l’œil vif des rapaces) courent partout. Le lundi, c’est l’effervescence du marché, et chacun vient boire sa calebasse de tchoukoutou (la bière de mil locale) en riant avec son voisin. Bref, le village africain classique. Tout n’est pas rose, bien entendu, ca reste l’Afrique. La pauvreté est omniprésente. Les enfants vendent leurs bricoles au lieu d’être à l’école. Des filles-mères promènent leur enfant en écharpe. Les gens malades, ruisselant de sueur paludique ou à la toux rauque, sont bien trop nombreux. Des décharges à ciel ouvert jonchent les bords de routes et les abords de maisons. Les sacs plastiques noirs ornent les branches des arbres tels des décorations de noël. Mais malgré la pauvreté, la maladie, la crasse et la puanteur, même s’ils souffrent comme ils le disent parfois, rien n’affecte le moral de fer des Africains et ne leur enlève leur sourire aux dents blanches.

Je suis venue ici dans le cadre de l’établissement d’un programme de sensibilisation VIH-SIDA-IST à Adeta. Le taux de prévalence HIV s’élève ici de 3.9 à 20% (!!!) selon les sources (statistiques officielles du gouvernement, médecin en chef du centre médico-social, sage femme spécialisée dans HIV, et responsable croix rouge). Tout le monde s’accordant sur le fait que le premier chiffre est d’office une large sous-estimation. Soit un partenaire sexuel sur 20 ou sur 5, c’est de toute manière trop. Dans l’assoc, nous sommes un total de 5 volontaires européens, avec Servane, Patrick, Nunzio et Coralie. Il y a aussi les membres togolais de l'assoc : Jacqueline, la secrétaire et trésorière, enceinte de 8 mois ; Ouga, un jeune togolais de 21 ans, motivé et impliqué dans l’assoc ; Olivier, un ancien responsable de l’assoc qui ne manque jamais de venir examiner le contenu de nos casseroles ; et Benjamin, le responsable des projets sensibilisation HIV et microcrédit, qui fait office de sage et est très respecté ici. Le programme sur lequel je travaille est de mettre en place un programme HIV dans le village et alentours, programme qui devra rester en place après notre départ, les autres volontaires restant au minimum 2 mois, et au maximum 6. Il y a de quoi voir venir et assurer la continuité. Afin de mieux comprendre les habitudes locales susceptibles d’avoir des conséquences sur la transmission du virus (pratiques sexuelles, scarifications, excision), nous commençons par passer des heures dans la cour, à l'ombre, à discuter avec les locaux, surtout des jeunes de 15 à 25 ans. C'est très tranquille et une relation humaine enrichissante s'établit à force de se voir quotidiennement… Nous avons ainsi pu créer un jeu de cartes avec de bonnes et de mauvaises pratiques pour sensibiliser aux pratiques dangereuses au niveau de la transmission du VIH... c'est marrant, ce genre de travail ressemble un peu à ce que je faisais à l'institut des sciences naturelles, je me sens à l'aise et expérimentée. Nous avons ensuite commencé la tournée des apprentis coiffeuses; couturières, menuisiers, garagistes etc… un moyen de toucher les jeunes ailleurs qu'à l'école. Nos causeries, telles qu’on les appelle ici, attirent des villageois curieux qui viennent se greffer à l’assemblée. Nous sommes ébahis par le nombre d’idées reçues complètement fausses véhiculées ici, et de la méconnaissance qu’on les jeunes filles de leur propre corps. Nous répondons le plus souvent à des questions d’éducation sexuelle de base (par exemple sur les changements subis par le corps à l’adolescence, ou la contraception), satisfaits de l’intérêt suscité et que les jeunes osent nous les poser. Nous créons une permanence hebdomadaire pour permettre aux plus timides de poser ces questions en toute discrétion.

Dans ce village, les journées s’écoulent tranquillement, en l’absence de tout stress, un fléau typiquement occidental (des fléaux, ils en ont déjà bien assez ici !). Une tranquillité et une douceur de vivre difficile à décrire et à se représenter depuis l'Europe je pense. Loin de nous le rythme effréné de l’Europe, l’enchainement furieux du métro-boulot-dodo-famille-potes-fiesta qu’on vit chez nous. Ici, on prend le temps, le temps de causer de tout et de rien, avec des inconnus, de palabrer des heures durant sous l’arbre au milieu de la cour ou sur un banc le long des maisons…. Au début de mon séjour en Afrique, j’aurai qualifié ce rythme comme étant une « attente que cela passe » mais aujourd’hui, après 3 mois sur ce continent, je me rends compte du caractère oh combien humain de ce rythme et du temps pris à discuter et échanger. Je me rends compte ici qu’on ne peut aimer l’Afrique en la sillonnant de droite à gauche. Pour la comprendre et l’aimer, rien de tel que de rester à un seul et unique endroit, de commencer à faire partie du paysage local, et de lui consacrer du temps. Comme Coline me l’expliquait, l’amour de l’Afrique s’exprime au travers de toute une série de petits moments sans importance réelle, des souvenirs attachants et qui deviennent inoubliables. C’est Jacqueline, la douceur incarnée, qui m’accompagne au marché pour choisir un pagne. C’est écouter Benjamin faire le programme le lundi matin, avec sa douce façon de parler toute africaine, dans un style très officiel et en détachant bien ses mots, empreints de sagesse. C’est rire face au show d’Olivier, qui ne manque jamais de nous rappeler les citations des grands de ce monde et d’en faire une imitation théâtrale. C’est voir briller les yeux de Ouga aussi fort que ses dents lorsqu’on prononce le mot pâte en parlant du prochain repas. C’est le petit François, 10 ans, qui passe nous voir de temps en temps et m’esquisse soudain un portrait en 2 temps 3 mouvements. C’est son sourire timide lorsqu’on lui offre un papier et un crayon pour qu’il puisse développer son don. C’est les bons repas partagés tous ensemble autour de la table, merci à nos cuistots attitrés, Jacqueline et Ouga. C’est mes longues conversations avec Chantal, 20 ans, une petite de 3, bientôt partie au Ghana pour travailler. C’est pouvoir percer avec elle les barrières des tabous. C’est la voir danser comme une déesse au son des djembés et rire aux éclats. C’est l’angoisse partagée avec Servane, lorsqu’au milieu de la nuit, on entend une clé tourner dans la serrure de notre porte et que, prêtes à nous battre pour nous défendre, on se rend compte que ce n’est que Georgi, la folle du village, ouf. C’est être tous ensemble autour du mortier, quand chacun s’essaie à piler l’igname et rire de la maladresse des européens dans ce domaine face à cette pâte collant au pilon. C’est la petite Martine, 4 ans et pleine d’énergie, qui vient jouer avec moi et semble fascinée par mes cheveux (blonds et lisses, vous imaginez ?) ou mes colliers. C’est aussi quand elle toque à ma porte à 6h00 le matin de mon départ (hum) pour m’apporter un sac d’oranges (adorable). C’est les volontaires qui harcèlent Ouga pour être sûr qu’il a bien été au collège et qu’il a fini ses devoirs.

J’ai beaucoup aimé ma vie ici, cette expérience enrichissante et profondément humaine, malheureusement trop courte à mon goût. Voici maintenant le temps de quitter Adeta, ces 3 semaines ont filé à une vitesse incroyable. Je pars un peu comme une voleuse, sans m’attarder sur les adieux, mais après une fiesta d’au revoir mémorable au son des djembés et bien arrosée de sodabi (l’alcool de palme local, qui fait un bon 70°C au moins… un désinfectant quoi, pwaaa ! mais on s’y fait). Je reprends la route, en compagnie de Servane en direction de Lomé (et d’un bon steack haché frites ketchup mmmmmmh), puis pars vers Ouaga où Phil m’attend pour de nouvelles aventures au Burkina !

et pour agrémenter le récit, voici quelques photos... mais soyez indulgents, cette fois, je n'avais pas mon photographe professionnel attitré avec moi!

http://www.facebook.com/album.php?aid=231164&id=591557223&l=47036ef293