Nepal: decidement, non ce pays n'est pas laid!

Après avoir survolé la gigantissime chaîne des Himalaya, entraperçu par le hublot de l’avion une petite tête d’Everest dépasser des nuages, et fait une halte technique juste frustrante à Lhassa, nous atterrissons à Katmandou. Encore une fois, nous avons changé de planète par rapport aux avenues relativement propres et bien rangées de Chine. Le micro-taxi qui nous emmène de l’aéroport à notre hôtel slalome entre les voitures, les motos, les bus, les camions, les vélos, les vaches, les rickshaws, les chiens galeux, les gens, une main sur le volant et l’autre sur le klaxon. OK, ici, comme l’indique le « HORN PLEASE » peint sur l’arrière de chaque camion, la circulation est réglée au klaxon, en véritable cacophonie, et le plus grand a priorité sur le plus petit même si, théoriquement, la loi considère l’inverse. La circulation est tellement chaotique que, n’y ayant point prêté attention lors de notre arrivée depuis l’aéroport, nous mettrons ensuite pas moins de 4 jours pour déterminer avec une totale certitude que le sens de circulation se situe bien à gauche (pas évident dans les ruelles de Thamel). Les tas d’ordures s’accumulent sur le bord de la route, la rivière est une véritable poubelle, une odeur rance provenant des décharges flotte dans l’air avec la poussière. Mais les abords de route sont aussi un festival de couleurs, une foule dense de saris multicolores et pailletés, qui défile devant nos yeux éblouis.

Nous sommes chanceux : le jour de notre arrivée coïncide avec celui de l’anniversaire de la naissance de Siddartha Gautama, qui, VI siècles av JC renonça aux luxes de sa condition de prince et parti à la recherche de la fin de la souffrance humaine, et, trouvant le chemin de l’éveil dans la voie du milieu, atteignit l’illumination et devint Bouddha. De nombreuses célébrations bouddhistes sont au programme dans les différents sites sacrés de la ville. Nos sacs à dos à peine posés, nous voilà repartis vers le Bodnath, le fameux stupa bouddhiste dont les yeux mi-clos surveillent la ville. Ambiance magique et bain de foule : au son des clochettes, une masse dense de pèlerins se meut lentement autour du stupa, dans le sens horlogique, certains marmonnant des mantras et d’autres activant sur leur passage les rangées de rouleaux de prières. De fervents pratiquants prient dans une gymnastique endiablée, en s’agenouillant puis s’allongeant de tout leur long, face contre terre, sur des planches en bois, avant de revenir sur leur genoux et répétant infatigablement le mouvement. Des cortèges de moines en robe rouge se forment sur des chars, et, après un tour du stupa, partent dans la ville. De nombreux hindouistes sont présents, nous comprendrons vite qu’il existe au Népal un mélange étroit entre bouddhisme et hindouisme, lié aux origines de Bouddha (dont les parents étaient hindouistes). Au crépuscule, des guirlandes de loupiotes s’allument tout autour du stupa, de petits groupes se réunissent et entament des chants en allumant des bougies. Nous nous laissons envoûter par cette ambiance magique de ferveur religieuse intense puis partons découvrir la cuisine népalaise, et le dal bat (ou thali), cet assortiment de soupe de lentilles, de curry de légumes et de pickles servi avec une bonne ration de riz qui nous accompagnera tout le reste du mois, au grand désespoir des intestins de Phil… et de mon nez ;-).

Nous passons les jours suivants à flâner sur Durbar square et à nous perdre dans les rues de Katmandou, un véritable musée à ciel ouvert, avec de petits temples à chaque coin de rue, de grands bassins où la population vient puiser son eau, de vieilles maisons en briques d’architecture newar, ornée de fenêtres de bois finement travaillées, des poutres joliment sculptées soutenant les toits. En les explorant, nous découvrons au centre des maisons de petites cours intérieures ornées d’un temple. Nous tombons ainsi sur toute une série d’alcôves de pierre contenant des représentations de Shiva, Vishnu ou Ganesh peinturlurées de pigments rouges ou jaunes, ou sur des stupas blancs surmontés des yeux de Katmandou d’où rayonnent des guirlandes de drapeaux à prières flottant au vent. Et avant toute autre chose, nous faisons ici la rencontre avec le sourire des népalais, des gens adorables et particulièrement accueillants dont le très bon anglais facilite les échanges et leur est bien utile pour tenter leur chance d’arnaquer quelques touristes :-)…. Dans le chaos et la foule urbains, notre attention doit simultanément gérer l’admiration du paysage et des gens, le fait d’éviter les trous dans la route, les rickshaws, les voitures, et franchement, le soir, nous sommes complètement exténués pas Katmandou. C’est d’autant mieux car ici, resto et bars ferment avant 23h !

Nous partons ensuite découvrir Patan, une ville proche de la capitale qui possède son propre Durbar square et un tout aussi bel échantillon d’architecture newar que la capitale. Suite à un contact établi à Shangri-La, en Chine, nous y rencontrons Thomas, architecte viennois d’origine et qui consacre sa carrière à la restauration de sites du patrimoine népalais, comme les bâtiments du Durbar Square de Patan. Ces derniers avaient été complètement détruits lors d’un tremblement de terre en 1934 et reconstruits par de petits groupes d’habitants bénévoles, qui avaient parfois laissé leur fantaisie architecturale s’exprimer et avaient reconstruit les murs sur le modèle de la tour de pise. Thomas et son équipe d’ouvriers locaux redressent donc tout cela afin de préserver ce précieux patrimoine architectural. Nouveau shooting photo pour Phil en perspective. Et, comme les habitants dans les rues, les ouvriers de l’équipe se plient volontiers au jeu du photographe, qui est aux anges dans ce pays.

Après ces quelques jours passés dans la cacophonie et la foule, nous partons nous ressourcer dans les campagnes népalaises de la vallée de Katmandou, dans les environs de 2 petits villages newar, Panauti et Dhulikhel. Assis sur le toit du bus public, les campagnes défilent sous nos yeux. Une fois arrivés à destination, nous nous y retrouvons bloqués jusqu’à l’arrivée d’Alex par une succession de grèves qui paralysent le pays (on se croirait presque en France). Le gouvernement doit établir une constitution avant une date limite et n’y parvient pas (tiens, là, on se sent presqu’en Belgique), et les partis imposent des grèves aux commerces et aux transports, sous peine de représailles violentes.

Profitant du fait d’être bloqués ici, nous enchaînons les longues promenades à pied dans des campagnes et villages avoisinants, et traversons des paysages de collines aux flancs couverts de cultures en terrasses (pommes de terre, riz), escaladons des montagnes au sommet desquelles se dresse un monastère bouddhiste, croisons des porteurs au lourd panier chargé de fourrage écrasant leur front par une épaisse lanière. L’appareil photo de Phil ne sait plus où donner de l’objectif tant les scènes de vie rurale superbes sont omniprésentes et les gens plus que coopératifs et accueillants. En remerciement, il leur offre leur portrait imprimé grâce une mini-imprimante portable qu’il avait eu la grande idée d’acheter à Bangkok, ce qui laisse les villageois ravis.

A Dhulikel, nous logeons pendant près d’une semaine dans une guesthouse familiale située face à un paysage de montagnes himalayennes, qui ne sont malheureusement que rarement visibles en cette saison (en général tôt le matin). Elle est gérée par un grand-père népalais, que nous surnommons vite « Papa poule» parce qu’il nous couve comme des enfants, nous étouffant parfois de son excès de gentillesse et d’attention. A la fin de nos ballades, nous cherchons un moyen de rentrer au village où nous logeons et dont nous avons passé la journée à nous éloigner… pas toujours évident avec toutes ces grèves et l’absence de bus ! Mais nous pouvons toujours compter sur la gentillesse des népalais, qui nous prennent en stop avec le sourire… parfois confortablement installés sur la banquette arrière, parfois à l’arrière d’un camion, intercalés entre sa paroi et la citerne de lait qu’il transporte, parmi les mouches et dans l’odeur écœurante du lait rance.. burp, vive les tournants, allez, on se concentre, on respire par la bouche et ca va aller ;-)

Retrouvez notre sélection photos sur :

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et une magnifique série de portraits pris par Phil :

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Made in Tibet

Après une confortable nuit dans un bus couchette (dont nous devenons des adeptes, oui !), nous arrivons presque frais et dispos (mais surtout frigorifiés par un climat montagnard glacial) à Shangri-La, à l’extrême nord ouest de la province du Yunnan, aux portes du Tibet, si ce n’est au Tibet même. En effet, ici, même si administrativement on est toujours au Yunnan, culturellement, on est au Tibet, mais sans les restrictions culturelles gouvernementales extrêmes appliquées à la population et, par conséquent, aussi sans rencontrer tous les problèmes du touriste voulant découvrir le Tibet au Tibet (obtention d’un permis, voyage obligatoire en tour organisé ou avec un guide, …).



Shangri-la est une ville perchée à 3200 mètres d’altitude peuplée à plus de 80% de Tibétains. On aperçoit les montagnes et les pics enneigés au-delà des limites de la « nouvelle » ville, qui s’est étendue tentaculairement autour de la vieille ville historique lors de l’impressionnante croissance chinoise de ces 3 dernières décennies. La nouvelle ville ressemble à toutes ces autres villes chinoises classiques. La vieille ville par contre, donne tout son caractère à Shangri-La : elle est parcourue de petites ruelles pavées, bordées de maisons traditionnelles en bois et au toit d’ardoises. D’innombrables drapeaux de prières aux couleurs des 5 grands éléments (l’eau, l’air, la terre, le bois et le feu) flottent au vent, lequel emporte les mantras imprimés et les transmet aux dieux. Sur leur passage, les habitants font rouler de leur main droite des moulins à prières alignés, disséminés dans la ville, la tête dans leurs prières. Une colline surmontée d’un temple avec un rouleau de prière doré géant surplombe la ville. Le matin, les pèlerins s’y rendent et, alignés les uns derrière les autres, le font tourner, en murmurant des incantations et en faisant glisser une à une entre leurs doigts les perles d’un mala de prières (un collier de perles en bois). Des grands-mères enseignent ces pratiques bouddhistes à de jeunes enfants aux joues rouge vif. Chaque soir, sur la grande place centrale, les habitants de la ville alignés en rond viennent danser sur des musiques traditionnelles, effectuant une chorégraphie connue sur le bout des doigts. A la limite de la ville, un monastère de plus de 300 ans abrite plus de 600 moines : c’est un peu le Potala du sud ouest de la Chine, et sa quiétude n’est perturbée que par la masse de touristes chinois d’origine Han qui viennent l’assiéger, le plus souvent totalement ignorants de ce que Pékin a fait et fait toujours subir au peuple tibétain colonisé dans le sang. Une ignorance liée à la censure de la presse, totalement contrôlée par Pékin, de même que l’information circulant sur internet (plus de 30.000 « cyberpoliciers » travaillent chaque jour à la censure du net, interdisant l’accès aux sites comportant des mots « interdits » ou aux sites d’échanges d’idées… pas étonnant donc que l’accès à des sites tels que Youtube, Wikipedia et Facebook soit banni). L’idée transmise dans les médias est que Pékin tente de sortir le peuple tibétain de son extrême pauvreté, en lui versant de nombreux subsides (qui existent peut-être mais qui finissent dans la poche de fonctionnaires corrompus et n’arrivent jamais au Tibet) et que les Tibétains, contre toute gratitude, se révoltent, tuant de nombreux soldats Han (il n’est jamais mentionné que de nombreux Tibétains ont perdu la vie ou « mystérieusement disparu » suite aux révoltes de 2008 à Lhassa, juste que de courageux militaires Han y ont été sauvagement assassinés).



Ces dernières années, Shangri-La est devenue très populaire auprès des touristes, particulièrement chinois. On y trouve donc une multitude d’hôtels, boutiques et petits bars et restaurants où aller se réchauffer près du feu en dégustant un bol de thé au beurre de yak (qui en fait est beaucoup moins mauvais que ce que ne laisse imaginer son nom, mais tout aussi calorique :-). Sur la place centrale, des femmes, avec leur coiffe traditionnelle et leur gros panier sur le dos, viennent installer leurs petites échoppes où elles vendent des bijoux et de petites brochettes de viandes et de légumes pour une bouchée de pain (la roulade de gras est aussi au menu). On peut même y louer des tenues traditionnelles tibétaines, robes à fourrures, et poser pour la photo sur un yak … comme vous pouvez l’imaginez, les touristes chinois adorent le concept (moi j’en ai un peu les dents qui grincent).



Nous partons pour un trek de 2 jours à la découverte de la culture tibétaine, avec Tenzin, notre guide originaire de Lhassa, et Yuangya, une étudiante chinoise de 22 ans d’origine Han. Nous traversons de grands plateaux d’herbes rases sous un ciel d’un bleu presqu’aveuglant, ne croisant que des troupeaux de yaks. Les villageois sont aux champs, et les villages très épars dans ces espaces immenses. Nous escaladons des montagnes, encore plus rapidement essoufflés qu’à notre habitude, probablement suite à l’altitude (les excuses sont faites pour s’en servir, non ? :-)). A nouveau, la surexploitation et l’érosion du sol font peur à voir, surtout ici où, d’origine, l’homme vivait en harmonie avec la nature. Le soir, nous arrivons dans le village où nous passerons la nuit. Le soleil se couche relativement tard ici, nous profitons du début de soirée pour suivre les activités de notre hôte et comprendre la structure familiale locale. Les femmes enfantant généralement très jeunes, un minimum de 4 générations se côtoient dans chacune des maisons (vous imaginer devenir grands-parents à 35 ans - ici c’est courant). Pendant la journée, les parents bossent, le plus souvent dans la ville la plus proche, assurant un revenu financier à la maisonnée. Les grands parents gardent les jeunes enfants (souvent au nombre d’un seul, même si les minorités ethniques sont normalement exemptes de la politique de l’enfant unique de Pékin, elles ne sont pas non plus aidées pour supporter les coûts de l’enseignement de plus d’un enfant et s’y limitent souvent). Les grands parents s’occupent aussi du bétail et des tâches ménagères, et préparent du fromage de yak et du pain.


Malgré la barrière du langage, nous passons tous ensemble une agréable soirée autour du feu, partageant un repas « à la chinoise » (c’est-à-dire composé d’au moins 6 plats différents pour accompagner le riz) autour du feu, et finissons la soirée en buvant un thé. La grand-mère se renseigne sur la situation matrimoniale de Yuangya, et apprenant qu’elle est toujours célibataire, par delà les tensions entre Tibétains et Chinois, essaie de la convaincre de rencontrer son fils du même âge. La demoiselle s’en sort en ignorant timidement les tentatives de la vieille tibétaine. Nous passons la nuit écrasés sous un empilement de couvertures au moins aussi lourd que nous, mais bien au chaud malgré les températures négatives régnant dehors! Le lendemain matin, la mamy insiste pour que les filles essayent les tenues traditionnelles locales, et comme la dernière fois, ca ne va qu’à elle :-). Après un délicieux et énergétique petit déjeuner local composé de pain, de fromage de yak saupoudré de sucre, et d’un bol d’orge humidifié dans du thé au beurre de yak, nous reprenons notre route au travers de paysages déserts, découvrant des chortens (la forme tibétaine du stupa) ornés de drapeaux de prières multicolores au sommet des montagnes. Nous finissons le trek par une petite balnéo locale, en allant détendre nos muscles dans une piscine collectant l’eau des sources chaudes voisines…



Le jour de notre arrivée à Shangri-La, nous avions rencontré Suzie, une australienne travaillant dans une petite association de promotion de l’artisanat tibétain. Phil lui avait promis un reportage photo qui occupera les quelques jours qui suivent. Les artisanes travaillant dans l’association sont ravies et décident de porter leurs plus beaux habits traditionnels pour le jour du shooting. Ces femmes sont originaires de villages reculés et extrêmement pauvres de la région. Elles apprennent ici les techniques et sont payées au prorata de leur production. Les produits sont vendus aux touristes, ce qui donne à l’association sa vitrine commerciale officielle car les ONG officielles ne sont pas autorisées en Chine (vu qu’elles sont subsidiées par des fonds extérieurs, elles pourraient être influencées par des idéologies extérieures, que Pékin prend pour une menace). Nous rencontrons les autres membres de l’association, dont Tachi, un jeune tibétain originaire de Lhassa. Il nous fait découvrir les coins sympas de la ville, les monastères la surplombant avec des vues magnifiques au coucher du soleil, les bons restos typiques tibétains servant des plats permettant de résister aux hivers glacials de la région (avec, entre autres, une délicieuse viande de chèvre dégoulinante de beurre de yak qu’il nous faudra 3 jours pour digérer). Nous passons une soirée dans une boîte locale, assis autour du poêle avec d’autres clients à siroter un alcool de riz en regardant les danseurs effectuer à la lettre leur chorégraphie sur des musiques tibétaines… et oui, ici sortir en boîte, c’est du sérieux !



Le lendemain, nous prenons la route pour Lijiäng. Notre bus traverse les Tiger Leaping Gorges, des gorges magnifiques, particulièrement escarpées, qui seront bientôt inondées en vue de la création d’un nouvel immense barrage hydro-électrique, pour pourvoir aux besoins en énergie sans cesse croissants du pays (c’est le même genre de super projet à faire dresser les cheveux des environnementalistes que le barrage des 3 gorges). Nous profitons donc au maximum de ces paysages que nous ne reverrons probablement jamais. Nous arrivons ensuite à Lijiäng, dont la vieille ville est bâtie de maisons grises aux toits d’ardoises, recourbés à leur extrémité, construites entre les petits canaux parcourant la ville. C’est en quelque sorte la « Bruges de Chine », un dédale de ruelles, de canaux et de petits ponts les surplombant…. Un charme fou, mais il y a un mais : cette ville est extrêmement populaire auprès des touristes chinois, dont la masse mouvante et bruyante lui enlèvent une grande partie de son charme et lui donnent parfois un air de Disneyland. Manque de bol, en descendant un des nombreux escaliers de la ville, je ne remarque pas le trou dans le sol succédant à la dernière marche et me foule la cheville… grande idée avant d’arriver au Népal, notre prochaine destination et aussi le pays des treks ! Bon, suite à ce mauvais pas, je ne verrai de Chengdu que son hôpital mais aurait profité de l’occasion pour découvrir de la Chine un autre de ses aspects : sa médecine traditionnelle et cette drôle de pâte noire épaisse et un peu puante, qu’on applique directement sur l’endroit blessé… Résultat : ca chauffe longtemps après application et, après 3 jours d’immobilisation et d’application, ma cheville semble aller mieux… à nous les hauts sommets enneigés de l’Himalaya que nous apercevons depuis le hublot de l’avion qui nous emmène à Katmandu ?



Faites un tour dans notre sélection de photos sur https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10150176315507224.288064.591557223&l=83120a06dc


Chinoiseries

Après 2 mois entiers passés au Laos, il est temps de poursuivre notre route vers notre prochaine destination : le Yunnan, province située au sud ouest de la Chine, un pays dont on nous a dépeint des habitants au caractère peu accueillant et rude, et que nous appréhendons un peu après la douceur et l’accueil laotiens. Nous quittons donc le Laos en bus, sur des routes de montagnes défoncées aux innombrables virages qui nous emmènent, au travers des villages ruraux de maisons de bois sur pilotis et aux toits de paille, jusqu’à la frontière chinoise, une impressionnante arche de fer dont la modernité contraste avec la simplicité des villages que nous laissons derrière nous… et le contraste ne s’arrête pas là : une fois passés la frontière, nous entrons dans un autre monde : des autoroutes à doubles bandes, rectilignes, au bitume parfaitement lisse, franchissant ravins et montagnes par d’innombrables ponts et tunnels, traversant des villes semblables à des décors de cinéma, semblant avoir été construites hier et grouillant de monde, des campagnes cultivées jusqu’au moindre centimètre carré, plus un seul arbre de forêt primaire à l’horizon… une croissance économique visible, récente et hyper rapide, qui fait presque peur !



Après changement de bus, nous atteignons Jinghong, anciennement une petite ville, dont la population et la superficie ont triplé en 5 ans. Oui, c’est sûr, nous avons changé de monde, entourés de buildings, de magasins de GSM par centaines, de lumières clignotant dans tous les sens, d’une circulation dense mais étonnamment silencieuse (ici, la plupart des mobylettes sont électriques - après avoir manqué de me faire écraser 3 fois, j’ai appris à regarder avant de traverser au lieu de me fier à mes oreilles !!!). Ici, pas une âme parlant anglais pour me renseigner sur la destinée de parking qu’a connu la guesthouse indiquée dans mon guide de voyage. Même le phrasebook ne nous sert pas à parler avec les gens, car, en chinois, chaque lettre peut être prononcée dans 4 tons différents, ce qui donne tout un autre sens au mot proféré, et apparemment, ni Phil ni moi ne maîtrisons cette fameuse prononciation. Bref, nous communiquons soit en faisant lire la traduction en écritures chinoises dans notre phrasebook, soit par mimes, dans des situations qui s’avèrent souvent vraiment drôles. Et, contrairement à nos aprioris négatifs, les habitants se révèlent être accueillants et disposés à nous aider. Et un apriori de plus qui sera tombé au cours de ce voyage, on ne les compte plus au final !



Jinghong, malgré son côté ville chinoise en carton pâte qui a grandit trop vite, a aussi un côté bien sympa : ses grandes artères surplombées de drapeaux de couleurs sont bordées de palmiers qui lui donnent un petit air de côte d’azur, et elle est aérée de parcs où les locaux viennent se prélasser et jouer avec leur enfant pendant l’après-midi, ou répéter les danses locales au crépuscule.



Nous partons 2 jours en trek, à la découverte de cette région de collines verdoyantes qu’est le Xishuangbanna avec notre guide Mr Rush (qui, je le confirme, porte bien son nom). Nous traversons les villages, et observons, un peu horrifiés, des cultures à perte de vue… ici, la nature est plus que surexploitée, chaque centimètre de forêt a été coupé durant les 10 dernières années, à une vitesse effrayante, pour être remplacée par des cultures de bananes transgéniques, de caoutchouc, de maïs, de soja, des cultures qui, selon les habitants, sont truffées d’insecticides et dopées aux fertilisants. Les flancs des collines sont toujours occupés par des plantations de thé, la culture traditionnellement exploitée dans cette région et qui produit un des thés les plus réputés du monde.


Nous rencontrons plusieurs villageois, communiquant par l’intermédiaire de Mr Rush, et à nouveau, ils nous accueillent de manière particulièrement chaleureuse, balayant tous nos aprioris sur le légendaire mauvais caractère chinois. Nous passons la nuit dans la maison de la famille du chef du village, qui appartient à l’ethnie des Hanis et vit avec sa femme, son fils et la femme de celui-ci. Cette dernière nous prépare un festin que nous dégustons tous ensemble autour du feu. Pour l’occasion, Phil et moi allons chercher une caisse de bières pour accompagner le repas, mais on se rend vite compte que nous ne sommes plus au Laos au rythme modéré où ces gens boivent leur verre (enfin un break !). La grand-mère ne cesse de nous parler dans sa langue incompréhensible, me pressant gentiment l’épaule ou le bras avec de petits sourires adorables. Mr Rush me traduit entre autres qu’elle nous invite à revenir lors de notre prochain passage dans la région, et qu’elle voudrait me faire essayer les tenues traditionnelles le lendemain matin... Si ca peut lui faire plaisir, et je connais un photographe que cela va ravir ;-) Après une nuit relativement courte (ben oui, l’activité ici recommence vers 4 heures !) et un petit déjeuner de riz accompagné des restes de la veille, j’essaie avec elle ses costumes colorés et parures de bijoux ornées de plumes et d’anciennes pièces de monnaie, parures qu’elle conserve précieusement emballées dans un tissu dans son armoire. La façon dont elle les déballe pour me les dévoiler, tels des trésors, les yeux brillants de fierté est particulièrement touchante. Et ils lui vont à ravir ses pompons, contrairement à moi, mais bon, elle est tellement contente que ca fait vraiment plaisir de jouer le jeu. Phil prend toute une série de photos de la famille que nous faisons imprimer une fois de retour à Jinghong, leur faisant parvenir par l’intermédiaire de Mr Rush. Nous quittons ensuite cette petite famille attachante, reprenant notre route au travers des campagnes.



19 heures de bus plus tard, dont 12 passées confortablement couchés dans un sleeping bus, nous atteignons notre destination suivante, Yuang Yang, une petite ville perchée aux milieu des montagnes dont les flancs sont recouverts de rizières en terrasses qui comptent parmi les plus belles du monde… et effectivement, ces paysages sont à couper le souffle, même s’il n’était pas réellement nécessaire de se lever à l’aurore pour les admirer, vu qu’elles nous apparaissent plus belles sous le soleil de midi qu’à l’aube ! Dans cette contrée montagneuse, les villageoises de tout âge portent encore les vêtements traditionnels de leur ethnie, transformant le petit marché du village voisin en véritable festival de couleurs. C’est une tradition qui a tendance à se perdre un peu partout et que nous avons la chance de pouvoir encore observer ici, et qu’on vous invite à partager en photos : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10150176290022224.288058.591557223&l=dbe2755c39



Festivités laotiennes

Nos visas laotiens, d’une durée d’un mois, arrivent bientôt à expiration. C’est un excellent prétexte pour aller passer quelques jours dans notre capitale asiatique favorite, Bangkok, qui est à peine à une nuit de train de Vientiane. Nous voilà partis en train couchette, un moyen bien confortable de voyager, bercés par le balancement du train, chacun dans sa couchette, dans l’intimité de ses rideaux et le calme de la nuit, seulement percé par les bruits ragoutants de raclement de gorge, crachats ou autres reniflements sonores, tellement typiques chez les asiatiques (mmmmh merciii :-)). Nous profitons du choix alimentaire bangkokien, tellement varié après de longues semaines de riz à toutes les sauces, et nous faisons du lèche vitrines à tire larigot… ca fait du bien une fois l’an pour l’accro du shopping que j’étais, non, décidemment, que je suis !!! :-) Résultat ; une caisse de 8 kg (aïe) qui revient par bateau vers la Belgique… On découvre un peu mieux le quartier de Thong Lo où nous logeons à chacune de nos venues dans la capitale thaïe, et découvrons un petit marché de nuit où manger un délicieux phad thai à toute heure de la nuit (je connais un groupe de personnes à qui cela va faire plaisir tiens ;-) Un tremblement de terre a lieu en Birmanie, il est ressenti jusqu’au Laos et même au niveau des plus hauts immeubles de Bangkok, nous, nous ne sommes même pas au courant, nous avons du croire que c’était le skytrain qui passait :-) !




https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10150148201027224.280008.591557223&l=e10a4fb95a




Phil repart au Laos de son côté pour un reportage avec l’ONU dans le sud du pays, et moi je profite encore un peu des belles boutiques et des petites soupes de rue, et je me perds dans Bangkok… Je rejoins Vientiane et m’y ballade paresseusement, traînant sur les berges du Mékong et dans les temples, ou assise sur une balançoire au parc, observant les locaux venant s’entraîner sur les machines de musculation mises à la disposition du public. Phil rentre de Paksé, son disque dur rempli de photos à retravailler, et un nouveau rendez-vous fixé avec l’ONU 5 jours plus tard. 5 jours, c’est largement suffisant pour bouger un peu… Sur les conseils de Vincent, le sympathique patron du bar à bières belges de Vientiane, nous décidons d’aller les passer à Vang Vieng, et ce malgré nos aprioris sur cette ville.


Grand bien nous a pris, nous dégotons une petite guesthouse à bungalows de l’autre côté de la rivière. Nous y passons les jours suivants à bosser dans des hamacs dans le jardin, Phil retravaillant ses photos pour l’ONU et moi postulant pour une offre d’emploi intéressante au WWF et vous rédigeant aussi mon précédent post. Paysages à couper le souffle, avec des montagnes karstiques escarpées en fond de décor, et ambiance familiale chez Noé, Mango et leurs 2 enfants, Ki et Ke. Nous sommes les seuls hôtes avec Sophie et Benoit, un couple d’Alsaciens avec lesquels le courant passe immédiatement. Nous profitons des pauses de Phil pour jouer une petite partie de pétanque ou de badminton, ou pour prendre l’apéro… bref, pas trop dure la vie dans notre nouveau petit havre de verdure ! Nous laissons donc de l’autre côté de la rivière les vieux ados ivres sortant des bars, ou à moitié nus en train d’acheter une crêpe à une vendeuse de rue ou encore abrutis devant un épisode de Friends en dégustant une happy pizza (depuis 5 ans que ca tourne, ils ne se sont même pas mis à la page avec How I met your mother !). Vang Vieng n’a décidemment pas changé. Rien à faire, ce n’est pas notre conception du voyage, ni du respect d’une autre culture.


Forcés et contraints, nous repartons pour Vientiane pour un shooting avec l’UNODC (United Nations Office against Drugs and Crime), le bureau de l’ONU qui lutte contre la drogue : pour cette campagne, diverses stars du Laos, chanteurs, DJ, sportifs, miss Laos 2010, sont réunies pour dire NON à ce fléau. Une fois le shooting terminé, nous reprenons immédiatement la route aux innombrables virages, vers notre petit bungalow. Au programme : une partie de pêche avec Sophie, Benoit et les enfants qui trépignent déjà d’impatience, et un baci, une espèce de grande fête de village où, après une petite cérémonie dédiée aux esprits, on mange, on boit et on danse, et qui a lieu pour n’importe quel prétexte (naissance, mariage, rétablissement, et, dans le cas qui nous occupe, l’imminence du nouvel an bouddhiste, appelé Pi Mai, qui sera fêté dans 5 jours… c’est donc un échauffement !). Encore une occasion pour nous de découvrir l’esprit festif et généreux du peuple lao. Festif sauf quand il s’agit de danser… la danse traditionnelle se fait avec les mains, qui miment le lotus en train de s’ouvrir et se refermer, mais vu l’expression des danseurs, on se croirait plus à un enterrement… quelques bières sont nécessaires pour dérider les visages. Mango est, come toute laotienne qui se respecte, une véritable experte des plantes… au bord de la rivière, elle nous dégotte toute une série de plantes qui lui serviront à nous concocter un délicieux laap le soir même (une espèce de salade avec de la viande et des herbes, aromatisée au piment et à la citronnelle).


Après ces bons moments passés ensemble, il est temps pour nous de continuer notre route vers Luang Prabang, où nous avons prévu de passer le nouvel an, avec Sophie et Benoit. En effet, au mois d’avril, le peuple lao célèbre le nouvel an bouddhiste, Pi Mai, pendant 3 jours. Ce festival, particulièrement impressionnant à Luang Prabang, célèbre l’imminence de la saison des pluies. Au cours de cette grande fête ont lieu de nombreuses cérémonies, des processions, des réunions de famille avec grands repas, mais surtout la plus grande bataille d’eau du monde ! A cette occasion, tout doit être purifié par l’eau : les maisons, les rues, les gens, les statues de bouddhas, les véhicules qui passent, tuk-tuk, voiture ou mobylette. Dans les rues, les gens s’aspergent mutuellement, avec de petits récipients ou carrément à coup de seau ou de fusils à eau… Les familles laotiennes se rendent au temple ou sur la plage d’une petite île voisine de Luang Prabang et, en respect avec la tradition, construisent des stupas de sables, qu’elles décorent avec des bâtons d’encens, des bougies, des fleurs, des banderoles et saupoudrent le tout de talc, dont le reste du paquet est déversé sur les passants (nous laissant plus blancs que des fallangs :-)… Nous profitons des festivités, nous prêtant au jeu…. Pas désagréable toute cette eau en cette période de l’année théoriquement la plus chaude et où la température dépasse largement les 40°C…. Je trouve directement cela moins drôle quand l’eau est tentée de rouge et que mes cheveux commencent à prendre une teinte rose… mais ouf, contrairement au bleu de méthylène, ca part au lavage :-). A côté de ces festivités, nous profitons de la ville magnifique qu’est Luang Prabang, qui regorge de temples anciens et de petits marchés, et des cascades toutes proches de la ville, où s’en vont piqueniquer les familles pour se remettre de Pi Mai dans un cadre de verdure.



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Nous partons ensuite en reportage photo pour couvrir les activités de l’UNODC, le bureau des nations unies luttant contre la drogue, et donc contre la culture du pavot dans ces régions du triangle d’or. Le Laos est en effet le troisième producteur mondial d’opium, derrière l’Afghanistan et la Birmanie. Leur méthode de lutte passe par l’amélioration des conditions de vie dans les villages les plus défavorisés, notamment dans les provinces de Rwa Pan (à la frontière du Vietnam), et d’Udumxai (près de la frontière chinoise). Pour atteindre ces villages, nous accumulons les heures de voyage sur routes de montagnes défoncées, d’abord en bus local, hurlant du hard rock laotien (sisi ca existe !) à 3 heures du mat pour tenir le chauffeur (ainsi que le reste du bus) éveillé, puis en 4X4 de l’ONU, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de route mais une piste, puis au-delà de la piste sur un chemin à buffles, au travers de la jungle épaisse et des rivières. Nous atteignons alors des villages plus que reculés, que même l’électricité n’a parfois pas encore atteint. Et peu d’européens au vu des yeux qui s’arrondissent sur notre passage (l’équipe de l’UNODC est exclusivement asiatique) et des enfants qui s’enfuient à notre approche. Et là, à nouveau, l’accueil des laotiens dépasse sa réputation légendaire : ces villageois, malgré leur pauvreté, mettent un point d’honneur à faire le meilleur accueil du monde à l’équipe de l’UNODC dont nous faisons temporairement partie… ils nous préparent des repas de rois, étalant des plats variés sur des tables basses autour desquelles nous prenons place (échangeant même les assiettes de chien contre du poulet pour la table autour de laquelle sont assis les européens ;-), et insistant pour partager un petit verre de laolao à la fin du repas (très bien, ca tue les bactéries en ces lieux où l’hygiène n’est pas des meilleures). Malgré la barrière de la langue (ici, nous ne pouvons même pas utiliser les rudiments de laotien que nous avons appris ces dernières semaines, les villageois y parlent encore un autre dialecte!), les accolades et les sourires bienveillants ne mentent pas sur la gentillesse et la bienveillance de ces gens. Il faut dire que l’UNODC a fait ici de l’excellent travail, fournissant aux habitants les structures et outils nécessaires à diverses activités génératrices de revenus alternatives à la culture du pavot, généralement dans les domaines de la culture et de l’élevage, et améliorant les conditions de vie dans les villages (accès à l’eau potable, construction de dispensaires et écoles, mise en place d’un système d’épargne et de microcrédit, et d’une banque de riz pour les périodes de pénurie). Les villageois montrent une motivation démesurée et s’investissent à fond dans les projets. C’est probablement ce qui fait que les projets fonctionnent et perdurent pour une grande majorité après le départ de l’équipe chargée du projet. Quel contraste avec ce que nous avons pu voir en Afrique, où les habitants regardaient souvent les projets avec distance et où l’autonomie future des projets finalisés était souvent sujette à de gros doutes pour l’équipe qui le laissait entre les mains des locaux. On ressent ici, au travers de leur énergie au travail, l’investissement de tous à construire, entretenir, cultiver, innover, la grande motivation des habitants à développer le village, et on se dit que, même si il en est encore très loin, le Laos ne tardera pas à suivre la Thaïlande dans son chemin vers un meilleur développement. En espérant qu’il conservera son âme, sa simplicité, sa curiosité et son humanité sans sombrer dans le désir de posséder toujours plus, un fléau qui a entre autre pour conséquence de transformer le touriste étranger en un simple portefeuille, comme dans tant d’autres endroits du monde qui ont perdu cet esprit d’accueil. D’une façon peut être un peu naïve, et que seuls peuvent comprendre ceux qui y ont visité ce pays, je fais toute confiance au Laos et à ses habitants sur ce point….


Pas de photos sur ce coup-ci, car elles sont soumises au copyright du contrat que Phil a signé avec l'ONU....


Toujours amoureux du Laos

Nous passons la frontière et nous retrouvons au Laos, ce pays qui nous a tant plus il y a 3 ans et demi et où nous nous étions juré de revenir… pari dangereux car il implique le risque d’être déçus ! Une première impression que nous ressentons fortement lorsque le bus nous abandonne au bord de la route face à l’embarcadère desservant l’île de Don Det, une des îles de l’archipel des 4000 îles parsemant le fleuve Mékong au sud du pays. Nous n’avions nullement prévu cette destination au programme mais elle s’y impose subitement, probablement suite à une petite commission donnée par le conducteur de bateau au chauffeur, qui a fait oublier à ce dernier où il était réellement sensé nous déposer. Forcés et contraints, nous embarquons, dans la lumière du soleil couchant, dans le bateau nous menant à Don Det, petite île bâtie de bungalows bon marché pour backpackers en mal de cocktails (servis en « buckets »), de fruit shakes et de pizzas version « happy », c’est-à-dire améliorés selon l’humeur du cuistot de marijuana, de champignons ou de yaba (les métamphétamines locales). Tiens, un léger air de Vang Vieng règne ici. Ce n’est pas trop notre trip cette version du Laos dénaturée par un tourisme décadent et où, en retour, le touriste est plus considéré comme du bétail que comme un être humain! Nous y passerons finalement quand même une bonne soirée à discuter avec un sculpteur portugais et un couple germano-russe en sirotant des Beer Lao dans de grands verres remplis de glace pillée (c’est ainsi que la bière nationale se boit ici). Le lendemain matin, nous nous dépêchons de fuir l’endroit par le premier bateau afin de nous rendre à notre destination initiale, Don Khong, la plus grande des îles de l’archipel, bien plus authentique et relaxante. Malgré la chaleur accablante (on dépasse toujours les 40°C), nous partons en faire le tour à vélo… une quarantaine de kilomètres qui nous sembleront bien longs dans la fournaise ! Tout comme au Cambodge, la nature est fortement brûlée par le soleil les habitants sont invisibles, se protégeant du soleil brûlant dans ou sous leurs maisons … il nous reste les buffles, mais même eux semblent déprimer, privés de leurs flaques de boue où ils pataugent en général ! Nous traversons tout de même quelques rizières bien vertes pourvues d’un ingénieux système d’irrigation qui permet 3 récoltes par an au lieu d’une seule. Epuisés et ruisselants, Nous faisons une pause dans une petite superette qui fait aussi office de bar et resto… Nous regardons avec envie ce que nous croyons être des spare-ribs grillent sur le barbecue, émettant une délicieuse odeur de viande. Les 3 clients présents, déjà grisés par le laolao (l’alcool de riz local) commencent rire aux éclats. Ils nous désignent successivement la grille du barbecue et un chien dormant sous la table… OK, c’est du chien, nos envies de spare-ribs s’évaporent instantanément, mais nous nous retrouvons bien obligés d’en goûter au moins un petit morceau lorsqu’ils nous le proposent, taquins… résultat : une viande sèche et coriace, qui ne vaut vraiment pas un bon gros steak ! Nous en faisons bien vite passer le goût par un petit shot de laolao…



La chaleur nous abat, l’absence d’habitants nous déprime, les endroits trop touristiques et pas assez humains nous déçoivent, la fatigue du voyage long terme nous prendrait-elle, sommes nous en pleine baisse de régime? Pas question de se laisser abattre, nous voyageons pour en profiter ! Nous décidons donc de nous rendre sur le plateau des Bolovens, qui bénéficie d’un climat plus frais. Après quelques heures de bus, nous atteignons Tat Lo, un village construit au bord d’une rivière, et à partir duquel il est possible de faire pas mal de balades dans les villages voisins, très traditionnels. Une des guesthouse du village possède 3 éléphants, qui se baladent librement dans le coin et broutent paisiblement. Chaque jour, leur cornac leur lave le dos dans la rivière, au ravissement des spectateurs, locaux ou étrangers.




Et là, ca y est, nous le retrouvons notre Laos d’antan, ce Laos tellement simple et humble que nous avions tant aimé. Pour vous raconter le Laos profond, j’ai choisi de ne vous en raconter qu’un instant, bref mais tellement beau, qui suffit à résumer la vie ici. En fin de journée, nous nous rendons dans un petit village voisin de Tat Lo, construit de maisons de bois sur pilotis. Entre les poules et les vaches, des enfants parcourent en courant ses ruelles de terre, venant à notre rencontre le regard empreint de curiosité. Nous les suivons et descendons vers la rivière dans la douce lumière descendante. La rivière, peu profonde, circule entre de grosses pierres et le courant forme des remous aux endroits peu profonds. Le long de la rive s’alignent de petits jardins d’herbes et de légumes, délimités par des barrières construites en bambous. Une adolescente en sarong arrose méticuleusement les plantations, faisant des allers-retours vers la rivière pour remplir son arrosoir. Sur l’autre rive, une vieille femme attrape des larves de fourmis dans les arbres, à l’aide d’un panier porté au bout d’un long bâton. Nous nous demandons si c’est le dessert pour ce soir ou carrément le repas en lui-même (n’oublions pas que, malgré le sourire et la douceur de ses habitants, le Laos est un des pays les plus pauvres du monde). Des enfants plongent depuis de gros rochers et se laissent entraîner par le courant comme dans un toboggan aquatique, ils jouent, nagent et s’éclaboussent dans de grands cris et éclats de rire. Au bord de l’eau, des femmes habillées d’un sarong lavent du linge, le frottant vigoureusement contre une pierre plate pour plus de propreté. Un jeune père de famille baigne affectueusement son bébé et le lave. Il le fait glisser dans le courant sur une pierre lisse, ce qui fait rire le petit aux éclats. Une femme portant un grand chapeau pêche à l’aide d’un panier en osier en forme d’entonnoir. Plus en amont, un père de famille embarque dans une petite barque avec 2 de ses enfants, les aînés, et les emmène dans une partie calme de la rivière, où il leur enseigne patiemment l’art du lancer du filet de pêche.




A un moment, les habitants du village affluent, vêtus de sarong et portant leurs affaires de toilette dans de petits paniers en plastiques. C’est l’heure des ablutions. Gênés, nous décidons qu’il est temps de partir et de les laisser à leur « intimité », guidés par notre éducation bien occidentale.



Ces scènes de vie tellement humaines, d’une simplicité et d’un naturel appartenant à une ère définitivement révolue pour les européens que nous sommes, il suffit, lors d’une balade dans la région, de garer la mobylette au bord de n’importe quel pont surplombant une rivière pour les vivre encore et encore, discrètement assis sur la rive. Et, à discuter avec les Laos, on se rend compte que, malgré leur grande pauvreté et l’absence de biens matériels, ils sont un peuple heureux, dont la première qualité est de se désintéresser de l’argent et du profit, tant qu’ils ont de quoi vivre au jour le jour. « Demain ? Pourquoi s’en inquiéter, tu ne sais pas ce qu’il peut t’arriver. L’important, c’est maintenant ». Et quand on leur parle des pays occidentaux et de leur confort de vie, ils haussent les épaules et te répondent que l’éden est probablement au Laos, étant donné que « les Falangs (les blancs) qui y viennent ne désirent qu’une seule chose, c’est y rester ». :-) Pourquoi vouloir vivre dans un pays froid où chacun s’enferme seul chez lui face à sa télévision individuelle, alors qu’ici, c’est tout le village qui se réunit pour la regarder une fois la nuit tombée, et qui rit, qui s’indigne, qui discute ou qui chante ensemble (oui, ici encore, le karaoké remporte un vif succès, quand les habitants savent lire). Le Laos a de belles leçons à nous donner, nous ouvrons de grandes oreilles pour les recevoir et essayer de les garder…



Nous passons une grosse semaine dans notre petit cabanon au fond des bois, à profiter de Tat Lo et de ses environs. Durant cette semaine ont lieu le tremblement de terre et le tsunami au Japon. A Tat Lo, personne n’est au courant de rien et nous en entendons finalement parler 2 jours plus tard par l’intermédiaire de SMS envoyés par nos familles. Nous prenons par conséquent des infos sur internet (qui était de prime-à-bord beaucoup trop cher dans ce coin paumé du monde, mais qui devient bien utile dans de telles circonstances, en l’absence de tout journal écrit ou de télévision satellite). Les nouvelles nous laissent inquiets et horrifiés par l’ampleur des pertes humaines et des conséquences environnementales. Les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima menacent d’exploser. Les nations du nord tremblent devant la menace d’un nouvel accident nucléaire. Et ici, personne n’est au courant de rien. Nous nous demandons si ca aurait aussi été ainsi en cas de passage d’un nuage radioactif comme celui de Tchernobyl. Ces hauts parleurs qui braillent du matin au soir et nous réveillent chaque jour à l’aube, diffusant on ne sait quels messages, auraient-ils averti les habitants de se cloisonner, eux et leurs innombrables enfants, dans des bâtiments de béton si rares dans la région ? Non, il est fort probable que, dans un tel cas, l’information soit simplement tue pour éviter tout mouvement de panique.



Après une grosse semaine à profiter de ce village du bout du monde, il est temps de revenir à la réalité et de rejoindre la capitale, où Phil a rendez-vous avec un représentant des Nations Unies du Laos. Suite à son contrat de volontaire au Burkina Faso, il les avait contactés pour leur proposer ses services de photographe bénévole. Deux longues journées de bus nous emmènent vers un énorme double cheeseburger-frittes, un véritable festin après 3 semaines de riz et de soupes aux nouilles. Un régal dégusté dans un petit bar belge, le Chokdee Café, tenu par Vincent, originaire d’Arlon, qui exporte nos bonnes vieilles bières et recettes du terroir. La température est descendue à 14°C et il pleut (exceptionnel pour la saison, normalement chaude et sèche, les locaux nous disent ne jamais avoir vu cela - encore une anomalie climatique de trop de laquelle nous auront été témoins pendant notre voyage dans les pays du sud !). Un froid pluvieux, une bonne bière belge, un tableau de suggestions proposant chicons gratins, waterzooï et carbonnades, une déco et une ambiance de brasserie bruxelloise, on se croirait presque rentrés à la maison :-) Entre 2 réunions avec l’ONU, nous découvrons Vientiane, petite capitale tranquille, à l’image du reste du pays, qui se met doucement en marche vers la modernité, « sassa » comme on dit ici (doucement, doucement). Le soleil étant revenu, nous en parcourons les rues à vélo, traversant ses temples, ses centres commerciaux en phase de modernisation, les abords du Mékong où s’installent de petits vendeurs de nourriture et où les locaux viennent faire un peu de sport « en parc », sur des machines de musculation en plein air. Nous allons admirer le Tat Luang, véritable emblème dorée de la ville, et tombons par hasard sur un petit festival. Des tentes ont été dressées à l’extérieur du temple, proposant nourritures et boissons. Les gens font la fête en famille et entre amis, et s’adonnent à leur activité préférée, le karaoké, chantant dans un micro qui tourne de main en main dans la foule. De temps à autre, ils partent en groupe derrière un moine faire le tour du temple en chantant. Le cortège brandit des banderoles de billets collés les uns aux autres et récolte les dons de la foule généreuse. Des fidèles quittent le cortège et montent les marches du temple, à l’intérieur duquel sont scandées des prières, interrompues par moment par des jets de riz au sein de la foule et ponctués d’éclats de rire. Puis la prière reprend, avec le plus grand sérieux.



Notre arrivée ne passe pas inaperçue. En 2 secondes, je me retrouve embarquée par Noï, une jeune laotienne, qui m’installe à sa table familiale, me baragouine les 3 mots d’anglais qu’elle connait, et m’initie au sport du jour, à savoir l’à fond de Beer Lao (oui, parmi les 3 mots d’anglais de Noï, il y a Bottom-up). OK c’est bon, je connais, mais nous sommes en pleine après-midi, il fait 35°C, je n’ai rien mangé de la journée, j’essaie de refuser poliment, elle le prend comme une offense, OK nous nous inclinons avec Phil qui m’a rejointe. Le festival se termine relativement tôt, mais l’hospitalité de Noï ne s’arrête pas là : elle nous emmène dans sa maison familiale où la fête continue, à grand coups de casiers de Beer Lao. La sono à fond, les voisins rappliquent et font la fête avec nous, tout le monde boit et danse dans une bonne humeur et un partage bien laotiens. Et oui, la fête fait partie intégrante de la culture laotienne, et nous découvrirons vite que quelques verres suffisent à décoincer ces gens d'ordinaire réservés.



C’est donc un peuple accueillant, festif et d’une simplicité et d’une humilité touchantes que nous avons retrouvé au Laos, tel celui que nous avions quitté il y a 3 ans de cela.




Retrouvez notre sélection de photos du Laos sur http://www.facebook.com/album.php?aid=265555&id=591557223&l=bfc129c887







Cambodge: entre merveilles et horreurs du passé

Depuis Bangkok, un bus nous emmène à la frontière cambodgienne, où nous seront vite pris en otage par la mafia des taxis (le Lonely Planet nous avait prévenus, mais on s’est levé trop tard et on a raté le seul bus public !), et, ne pouvant faire autrement, nous nous résoudrons à payer le prix fort pour rejoindre la ville de Siem Reap (si 10 euros peuvent être considéré comme un prix fort pour 2 heures 30 de taxi).


Une surprise nous attend là-bas. Après avoir traversé des paysages très ruraux, de paysans travaillant leur champ à la main et avec des charrues tirées par des buffles, et replongé de 50 ans dans le passé niveau progrès comparativement à la Thaïlande, nous découvrons le quartier touristique de Siem Reap, extrêmement développé et qui regorge de ressort luxueux et de petits restos et bars sympas. Nous y trouvons une guesthouse plus modeste et partons déguster un délicieux repas dans une ambiance décontractée de bougies et fontaines… Au menu, l’amok, le plat national : du poisson cuit dans une feuille de bananier avec de la citronnelle, du lait de coco et du piment, qui fait un bien fou après la journée passée sur la route!


Par contre, lorsqu’on sort du quartier touristique de Siem Reap, on se retrouve au Cambodge, le vrai, l’authentique…. des pistes de poussière rouge, des maisons de bois sur pilotis le long de la rivière, des rizières à profusion, des moines qui sillonnent les rues, protégé par leur ombrelle orange, qui retournent au temple leur bol à riz sous le bras après avoir récolté l’aumône, des enfants partout, de tout âge, à pied ou à vélo, dans un arbre ou dans la rivière, qui nous saluent de « hello, how are you ? » dès qu’ils en ont l’occasion. Nous nous rendons vite compte que les Cambodgiens sont un peuple accueillant et bavard, et que de nombreux habitants possèdent un anglais particulièrement bon et aiment le pratiquer, à notre plus grand plaisir.


Nous rencontrons Paw, un jeune cambodgien qui, comme la grande majorité des hommes travaillant dans la zone touristique de Siem Reap, est conducteur de tuk-tuk. Nous l’engageons pour une journée à circuler dans le complexe des temples et, même si la communication est parfois compliquée par son anglais approximatif, nous découvrons en lui une personne profondément bonne, honnête et simple. Je ne sais combien de fois Paw nous a répété être trop heureux d’avoir du travail. Il nous confie qu’il a acheté son tuk-tuk il y a quelques mois et rembourse tant bien que mal le prêt qui lui a été accordé. Tant bien que mal car, même si il ne demande qu’à travailler, l’offre des tuk-tuks dépasse largement la demande, et il a un peu de mal à harceler les touristes comme le font trop d’autres conducteurs. Nous l’engageons pour plusieurs jours cette semaine, ayant décidé de passer 3 jours sur le site d’Angkor, et d’aller visiter le village flottant tout proche. Un jour, il nous emmène chez lui et nous présente à sa femme et sa petite fille de 18 mois. Tous trois, ils vivent dans une pièce de 18 mètres carrés environs, comportant un lit double, les accessoires de toilette et de cuisine dans un autre coin, et un petit autel consacré à Bouddha et aux esprits. En plus du prêt pour son tuk tuk et de son loyer, Paw aide financièrement ses parents, trop vieux et trop malades pour travailler. Il redoute le début de la scolarité de sa fille, ne sachant comment il y fera face. Touchés par ses difficultés, sa famille et la simplicité de son logis, nous tentons de l’aider tant bien que mal, lui envoyant par la suite plusieurs touristes rencontrés sur la route et à la recherche de bons plans pour la Cambodge. Et aux dernières nouvelles, ca fonctionne plutôt bien, à notre grande satisfaction.


Nous passons donc la semaine ensemble, à visiter l’immense complexe des temples d’Angkor. De difficiles réveils matinaux nous permettent d’assister au lever du soleil sur le temple d’Angkor Wat… parmi une foule d’au moins 300 autres touristes ! Et oui, nous ne sommes pas les seuls à être matinaux et à l’affut d’une belle photo et le site est particulièrement touristique (rien d’étonnant au vu de sa beauté). Nous fuyons vers des temples plus petits et moins courus, et nous amusons comme des gosses à jouer à Indiana Jones et Lara Croft, parcourant les couloirs labyrinthiques, escaladant les escaliers et les tas de pierre, et franchissant des portes pour découvrir de nouvelles salles et des ruines cachées parmi les racines des arbres qui s’y sont établis. Nous sommes séduits par ces vieux murs de pierre grise, couverts de lichens rouges et verts pâles, et par les énormes visages sculptés dans la pierre. Une merveille de notre monde qu’on ne voulait pas manquer, et qui vaut largement sa réputation. Après une semaine passée ici, il est temps de reprendre la route. Paw nous conduit à la gare routière et c'est la gorge nouée qu'on se fait nos adieux. Lors d’un arrêt du bus, on découvre quelques snacks cambodgiens surprenants: les araignées frites dans l’huile et l’embryon de poussin au sucre (un véritable embryon avec des ébauches de plumes et de petits os, beurk). Et pour ceux qui se poseraient la question, franchement non, nous n’y avons pas goûté, trop répugnants.


Même si c’est un très beau pays, nous avons trouvé le Cambodge rude au niveau sentimental : le fossé entre les classes sociales de cette société se creuse énormément, et les plus pauvres affichent ostensiblement leur très (trop) grande misère. Les difficultés de Paw à boucler ses fins de mois, la mendicité, présente partout nous ont laissé une boule dans la gorge : les enfants des rues, tellement nombreux et tellement présents, les victimes des mines antipersonnelles, etc.... me touchaient chaque jour énormément. Il suffit d’aller manger un bout sur une terrasse à Siem Reap, de parcourir les temples d’Angkor, de flâner le long de la rivière à Phnom Penh, ou de se prélasser sur la plage à Sihanoukville pour que les sollicitations à acheter ou à donner pleuvent sur le touriste. Vient alors la grande question éthique du « faut-il donner ou non ?». Pour nous, pas question de donner de l’argent à enfant qui mendie, OK pour l’emmener manger mais hors de question de l’encourager à tendre la main ou d’encourager les réseaux organisés de mendicité. Mais ce n’est pas toujours facile de dire non à ces bouts de chou adorables et pas plus hauts que 3 pommes qui nous lancent des regards implorants. Par contre, pour ce qui est des victimes des mines, il est difficile pour eux de survivre autrement dans une société totalement dépourvue de système social. Certains s’en sortent dignement, vendant des cartes postales ou créant de petits orchestres se produisant dans les allées des temples d’Angkor. Mais certains, amputés de tous leur membres, ne peuvent faire que mendier, et nous, leur donner. Franchement, je suis restée muette d’admiration et de respect face à ces hommes qui, après avoir fait un « mauvais pas » trouvent encore le courage de se battre pour vivre dignement.


Bien que le pays se relève petit à petit de son passé tourmenté encore récent, fait de guerres civiles, de la dictature inhumaine des Khmers rouges, des famines et épidémies qui se sont succédées, d’exodes de sa population terrorisée, on ressent encore aujourd’hui le passé tragique de ce peuple. Chaque Cambodgien de plus de 35 ans a vécu la faim, les maladies, les camps de travail, la peur de la torture et des camps d’extermination de l’atroce régime communiste des Khmers rouges, puis la peur des bombardements et des mines posées pendant toutes ces noires périodes. Nous visitons à Phnom Penh la tristement célèbre prison S-21, une école transformée en centre de torture sous le régime de Pol pot : boulversant. Plus de 20000 personnes ont été enfermées dans ses murs, dans de petites cellules de 80 cm sur 1.80m, forcées d’avouer des crimes « contre le régime » dont elles étaient le plus souvent innocentes ou qui n’avaient rien d’un crime (genre d’avoir eu une éducation universitaire). Le simple fait de porter des lunettes (y compris pour les enfants) était suffisant pour être considéré comme intellectuel et donc « à exterminer ». Une fois leur crime avoué, après des heures de torture ignoble en continu, elles étaient envoyées par convoi au centre d’extermination où les gardes les achevaient, menottées dans le dos et aveuglées par un bandeau, leur fendant le crâne à des coups de bâtons, avant de les enterrer par dizaines dans la même fosse. Beaucoup de corps ont été déterrés, mais l’érosion fait encore remonter des restes de vêtements et d’os sur les chemins que nous parcourons sur le site, nous faisant frémir d’horreur. Telle la visite d’un camp de concentration, ces lieux sont difficiles à encaisser, mais sont un nécessaire témoignage du terrible passé de ce pays.


Pour un peu plus de légèreté après ces visites macabres, nous partons respirer un bol d’air frais en bord de mer, à Sihanoukville. Phil y était passé il y a 5 ans de cela et est profondément surpris par le développement touristique qui a eu lieu ici en aussi peu de temps… la côte est bordée de resto et de bars au toit de paille. Nous profitons de la mer à 30°C et des plateaux fruits de mer et de poissons grillés au barbecue, dégustés le soir sur la plage, confortablement installés dans un fauteuil face à la mer sous la voie lactée. Très vite lassés de passer nos journées à faire les crêpes sur la plage (il nous aura fallu 2 jours !), nous partons explorer la région en mobylette… mais nous ne découvrons que des villages déserts et des paysages de désolation. On est presque à la fin de la saison sèche et en plein cœur de la saison la plus chaude, la température est difficilement supportable, les rizières sont brûlées par le soleil ou par le feu, et les gens se cachent à l’intérieur des maisons. Une nature morte et des gens cloitrés chez eux : on se croirait chez nous en hiver ! Nous reprenons la route vers Kratie, au nord est du Cambodge. Là aussi, dans la chaleur accablante, la vie tourne au ralenti. Dans la fournaise, nous partons découvrir une petite île et ses petits villages tranquilles aux maisons en bois sur pilotis…. Nous y rencontrons… des vaches, les seuls êtres à ne pas se cacher de ce soleil brûlant. Au cours d’une promenade en bateau sur le Mékong au coucher du soleil, nous avons aussi la chance de croiser plusieurs dauphins de l’Irrawaddy, une espèce fortement menacée dont il ne reste que 70 individus sur la partie cambodgienne de ce fleuve. Ayant lu cela, je suis plutôt pessimiste et, en montant dans le bateau, parie d’emblée que nous n’en verront aucun ce jour-là… le coquin a du m’entendre car il ne lui faudra que 15 secondes pour pointer le bout de son nez. Je suis sûre qu’il avait passé un accord avec Phil, qui gagne une bière du coup :-)… moi j’y ai gagné un moment magique, dans le calme du fleuve et la lumière du soleil couchant, à observer de petits groupes de dauphins venant passer la tête, les oiseaux s’envolant des centaines de petites îles au milieu des eaux et les pêcheurs sur leur barque lançant leur filet. Un moment magique avant de laisser le Cambodge derrière nous pour rejoindre le Laos, que nous avons tant aimé lors de notre précédente visite il y a 4 ans.


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Réunion de famille en Thaïlande

Nous revenons sur Bangkok et nous installons dans notre petite guesthouse habituelle (Buri Bed and Breakfast, 500THB, Station BTS Thonglow pour ceux qu’une bonne adresse intéresse) avec un peu l’impression de revenir à notre seconde maison. Phil et moi sommes toujours heureux d’y retrouver le grand sourire de la petite dame et son mari (dont on oublie chaque fois les noms). Ils n’ont pas changé, elle toujours aussi rondouillette et bienveillante, ils ne comprennent toujours pas un mot d’anglais et nous ne parlons toujours pas thaï (comme c’est par contre le cas de la plupart des résidents), donc, comme d’hab, notre réservation n’est pas notée et on communique par langage des signes… avec le sourire, comme d’hab aussi. Nous partons ensuite dans la jungle urbaine en quête des visas requis pour nos prochaines destinations et de matériel photo pour Phil (direction le Pantip Plaza, véritable caverne d’Ali Baba pour tout ce qui est matériel photo et audiovisuel pour les intéressés à nouveau).




Bangkok n’a pas changé, c’est toujours un enchevêtrement aérien de plateformes piétonnières et routières et de bretelles ferroviaires du skytrain, et au sol, une forêt de gratte-ciels entre lesquels trônent des temples et des parcs, dans un curieux mélange de béton et de palmiers, de moderne et d’ancien, de luxe excessif et de pauvreté et puanteur choquantes. Les trottoirs sont parsemés de petits stands de rue vendant de la nourriture variée, alléchante ou parfois repoussante. Comme les Thaïs, nous mangeons à toute heure et nos pérégrinations dans Bangkok sont parsemées de petits arrêts gourmands: dims sums vapeurs, riz gluant à la mangue et au lait de coco, poulet sauce gluante (très gluante, trop gluante, non finalement ce n’est pas mauvais du tout), fruits tropicaux frais, petites brochettes variées (déconseillées à l’exception des boulettes) dégustés dans la rue en observant la foule grouillante et colorée ou au bord d’un plan d’eau, dans le havre d’un parc où les Thaïlandais viennent se relaxer en famille ou en amoureux. Et quand ce n’est pas dans la rue que nous mangeons, nous profitons des buffets kilométriques des foods halls.


Le lendemain, nous partons à l’aéroport accueillir mes parents qui ont traversé les continents pour nous rejoindre en Thaïlande. Au programme : voyage sac à dos et « à notre façon » pendant une semaine, puis ils enchaîneront avec 2 semaines de tour de la Thaïlande en circuit organisé par un tour opérateur, dans des conditions plus confortables.


En skytrain, en métro ou en bateau public, nous leur faisons découvrir les malls à la taille et au luxe démesurés, les temples en bord de rivière, les petits marchés de rue et leurs délices culinaires, les parcs, etc… Nous finissons la journée par un apéro au dernier étage de l’Hilton, avec vue panoramique sur Bangkok qui s’illumine petit à petit.


Après la découverte de cette jungle urbaine, un train nous emmène en direction du calme de Kanchanaburi et de la rivière Kwai, et des montagnes qui apparaissent au loin… Les paysages défilent, de plus en plus ruraux, tandis qu’on s’éloigne de la fièvre citadine de Bangkok… Nous arrivons dans cette petite ville beaucoup plus calme et profitons du marché du soir, où on vend essentiellement… de la nourriture :-) Ce n’est pas à des gourmands comme nous qu’il faudra le dire 2 fois : nous passons de stand en stand et profitons de l’occasion pour essayer un maximum de choses ! :-) Nous passons le reste de la semaine à explorer la région à mobylette, découvrant des grottes à bouddhas, des jardins fleuris dédiés à Shiva et à d’autres divinités, des temples dorés… Nous découvrons le parc naturel d’Erawan et traversons ses forets pour atteindre les 7 niveaux de sa cascade. A chaque niveau apparait une nouvelle chute d’eau, serpentant entre les arbres et atterrissant dans un petit bassin d’eau bleue qui abonde de petits poissons chatouillant les pieds. Un petit paradis naturel, si ce n’est les nombreux touristes qui hantent les niveaux inférieurs… Au fur et à mesure de l’ascension, ils se font de plus en plus rares et le décor se fait de plus en plus enchanteur et récompense l’effort de la montée. Nous explorons les rives de la rivière Kwai dans un long tail boat.


Nous reprenons ensuite le train en sens inverse, en direction du marché flottant de Damnoen Saduak où nous arrivons en soirée. Histoire d’éviter la foule de touristes débarquant par car le matin vers 9h00, nous décidons de passer la nuit sur place et de nous lever tôt pour explorer le marché. Nous louons un bateau et croisons des barques remplies de fruits et légumes, de cuisines flottantes servant des bols de soupe aux nouilles, passant d’une rive à l’autre en fonction des clients intéressés sur les berges. Un magnifique festival de couleurs glissant sur l’eau.


De retour à bangkok, nous explorons l’immense marché de Chatuchak, avec son dédale d’allées étroites où on se perd, même avec un plan ! On y trouve de tout, des antiquités, de l’art et artisanat, des vêtements, des meubles, des animaux, des souvenirs pour touristes, des bijoux, de la déco pour resto… mais il faudrait des jours pour l’explorer dans son entièreté ! Les ladyboys sont plus que fréquent(e)s à Bangkok, on en croise à tous les coins de rues… elles organisent même des cabarets, dont nous assistons à une représentation, impressionnés par leur haut degré de perfection au féminin ;-) si ce n’est leur incapacité à apprendre à danser de manière féminine (ben oui, il n’y a pas qu’à traverser la scène en balançant des hanches !).


Et, après cette semaine passée ensemble, je dois dire que mes parents se sont révélés de très bons backpackers et que j’ai découvert d’où me venais ma fibre de voyageuse ;-) : ils ne reculent ni devant les matelas durs et les salles de bain communes des guesthouses bon marché, ni devant la nourriture de rue consommée dans des endroits pas toujours ragoutants au premier abord (nourriture qu’ils ont adorée, mais qui n’aimerait pas ça, franchement, c’est une des meilleures du monde quand on tombe bien), ni devant un trajet « un peu chaud et inconfortable » dans un bus ou un train local, ni devant la traversée des campagnes en mobylette à toute vitesse pour arriver avant la fermeture d’un temple, ni devant un réveil matinal pour voir les côté les plus traditionnels du marché flottant., etc…). Bref, c’est très fière d’eux et reconnaissante d’être venus nous rejoindre aussi loin, s’ouvrant à un autre style de voyage, que je les quitte pour les prochains mois, les laissant à la suite de leur voyage.


et voici de nouvelles photos pour illustrer tout cela